06.06.2009

"Non à la torture", un livre de Jessie Magana

Voilà déjà plusieurs mois que je veux vous parler de ce petit livre choc, qu’on n’oublie pas sitôt après l'avoir lu.
L’histoire remarquable d’un militaire de carrière qui un jour a dit non.
« Je refuse d’obéir à des ordres qui sont en opposition absolue avec le respect de l’homme, qui fait le fondement même de ma vie… »

Jacques Pâris de Bollardière, général d’armée, ancien résistant, est en effet le seul militaire à avoir dénoncé la torture pendant la guerre d’Algérie.
Condamné à soixante jours de forteresse, il passera ensuite le reste de sa vie à se battre pour la paix, dans les mouvements non-violents au Larzac, contre les essais nucléaires à Mururoa.
 Et sa femme continuera son combat après sa mort.
C’est cette vie incroyable que Jessie Magana a choisi de raconter, dans un texte court, âpre et violent, parfaitement maîtrisé, qui pose simplement des questions essentielles :
« Comment un homme peut-il oublier que l’autre est son semblable ? Cette violence qu’il sait tapie en chacun, qu’il sait au fond de lui-même, cette violence qu’il a vue se déchaîner pendant toutes ces guerres, comment un homme peut-il s’y abandonner ?
La réponse est pourtant évidente : le bourreau fait d’abord avorter l’homme qui est en lui. […] »

bollardiere.jpg
Jessie Magana signe là un premier roman, fort et émouvant. Pour avoir parlé, moi aussi, de la torture et de la guerre d'Algérie dans « Les murs bleus », et de « ceux qui ont dit non et ceux qui n’ont pas pu », je mesure combien il a dû être difficile et violent à écrire.

Ce livre me touche aussi pour une autre raison. Lorsque j’avais seize ans, je travaillais bénévolement pendant mes vacances scolaires dans un centre qui accueillait des séminaires, des conférences, etc.
Jacques Pâris de Bollardière y avait été invité, et il régnait autour de sa venue une certaine effervescence. J’ignorais tout de lui. On m’a alors expliqué qui il était. J’avais hâte de le voir !
Mais il était souffrant, et dut annuler sa conférence au dernier moment. Il n’est donc pas venu, et je ne l’ai jamais rencontré.
Alors, grâce au livre de Jessie Magana
, c’est comme si j’avais pu l’approcher un peu, des années plus tard, et au-delà de sa mort survenue en 1986.

Ce livre est sorti dans une collection pour ados, mais sa lecture concerne aussi bien les adultes.
 Le texte est suivi de documents et photos.

« Général de Bollardière : non à la torture ».
Jessie Magana. Editions actes Sud Junior. Collection « ceux qui ont dit non ».