15.12.2007
Avez-vous vécu ce que vous racontez ?
Avez-vous vécu ce que vous racontez ? Vos personnages ont-il réellement existés ?
Ce sont des questions auxquelles je suis toujours tentée de répondre simplement par : NON. Non, je n’ai pas vécu ce qui est raconté dans « Les murs bleus ». Non, aucun des personnages de ce roman n’existe ou n’a existé réellement.
Mais ça n’est si simple, en réalité.
Certaines descriptions du Brésil, par exemple, sont très liées à mon expérience et à ce que j’ai vécu, mais toujours modifiées. Lorsque Jerusa emmène Antoine dans les collines, je visualisais très bien l’endroit auquel je pensais en l’écrivant. Sauf qu’en réalité, il n’y avait pas de végétation à cet endroit-là, contrairement à ce que j’ai écrit.
Lorsqu’Antoine marche dans Paris, je voyais très bien la rue dans laquelle il marchait, sauf qu’en réalité cette rue porte un autre nom.
Lorsqu’il frappe chez son copain Louis qui vit dans une chambre sous les toits, je voyais aussi très bien cette chambre. Mais en réalité, elle avait l’eau courante et des toilettes. Et les couloirs appartenaient à une autre chambre de bonne, et le point d’eau dans le couloir à une autre maison…
Et ainsi de suite.
Ces éléments existent parfois réellement, quelque part. Mais je les ai ajustés les uns aux autres pour créer un espace qui n’existe, lui, que dans mon roman.
Pour la vie des femmes, je sais qu’on s’interroge parfois et qu’on n’ose jamais me poser la question, parce que c’est très intime. Alors je vais y répondre franchement : je n’ai jamais subi de violences sexuelles, et lorsque je parle de viol, je ne parle pas de moi, par chance. Mais la violence qui s’exerce envers les femmes me bouleverse, que ce soit en temps de paix comme en tant de guerre. Toutes les violences, y compris celles qu’on dit parfois « ordinaires » (à tort : il n’existe JAMAIS de violences ordinaires). Des femmes qui se font frapper par leur mari, ou des filles qui se font frapper par leurs frères ou leurs parents, par exemple.
Je parle de ce qui me touche, donc, parfois de manière très indirecte.
Pour le reste, des gens qui me connaissent s’amusent à retrouver, au détour d’une phrase, des lieux, des gens, des histoires. Parfois, il y a de petits clins d’œil pour eux, c’est vrai, mais qu’ils sont seuls à voir. Et ce ne sont jamais tout à fait les « vrais » lieux, les « vrais » gens, les « vraies » histoires…
Dans mon roman « L’ombre d’Adrien », qui parle d’un adolescent dont le copain s’est suicidé, on me demande souvent : « Est-ce que c’est votre histoire ? ».
Là encore, je dis non. Ce livre est un roman. Mais, pourtant, c’est vrai, j’ai vécu quelque chose d’assez proche, et pourtant totalement différent. J’avais dix-sept ans, en effet, lorsque ma meilleure amie est morte d’une overdose.
Dans « L’ombre d’Adrien », il n’est pas question de drogue, mais de suicide. En revanche, j’ai parlé de la drogue dans mon roman « Place au soleil » (où, là, il n’était pas question de suicide).
Donc voilà, finalement, on finit toujours par parler de soi, mais de manière détournée.
Une seule exception : dans mon roman « Le cimetière d’Arhus », il y a toute une série de scènes qui se déroulent dans un magasin de photo à Montpellier. Là, j’ai juste changé le nom de la ville, mais pour le reste, je n’ai rien inventé. Ce sont mes souvenirs de travail en magasin de photo où, parfois, la réalité dépassait, et de loin, la fiction… (au point que j’ai dû supprimer deux ou trois scènes qui semblaient tellement extravagantes qu’on avait l’impression que je les avais inventées de toutes pièces, alors qu’elles étaient tout ce qu’il y avait de plus vraies… !)
Donc, voilà, un roman, c’est ça : une part de réel qu’on mélange à une autre part de réel, et auquel on ajoute, un peu, beaucoup ou énormément d’imagination, le tout saupoudré de souvenirs, de choses vécues, de choses rêvées.
Pour les personnages, c’est la même chose. Ils n’existent jamais vraiment, mais je les crée souvent à partir de plusieurs personnes existantes, mélangées à de l’imagination.
On « pourrait » croire qu’ils existent, et c’est le but… Mais ils sont des personnages de fiction, et c’est tout. Et s’ils paraissent « vrais », si on a l’impression qu’on pourrait les croiser dans la rue, c’est le signe que le roman a réussi à vous entraîner dans son sillage… Je sais, parfois, certains lecteurs et lectrices sont très déçus d’apprendre ça. Mais pour un auteur, il n’y a rien de plus beau !
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