02.04.2008

Antigone

Malina et Ophélie m'écrivent : "Nous avons beaucoup aimé votre livre parce qu'il nous a aidé à dire "non". Avez-vous pensé à Antigone de Jean Anouilh lorsque vous avez écrit Les Murs Bleus?"

Quelle belle question ! Elle me touche beaucoup. Je vais vous expliquer pourquoi.

 J'ai découvert l'Antigone d'Anouilh par un extrait, lu sans doute au collège. J'ai cherché le texte de cette pièce de théâtre pour le lire en entier, et pas moyen de le trouver... A cette époque, le livre était épuisé. Je l'ai finalement lu en bibliothèque. Il n'a été réédité que plus tard.

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L'Antigone d'Anouilh fait partie des livres qui ont marqué mon adolescence, avec quelques autres.
Je l'ai lu, relu, des dizaines et des dizaines de fois. C'était « mon livre de chevet ».
La petite Antigone qui se dressait devant tous et qui disait : « Comprendre, vous n'avez que ce mot à la bouche, moi, je ne veux pas comprendre... »... je me reconnaissais en elle (je cite de mémoire !).

J'avais, à l'époque, un vieil ami professeur de français, passionné de littérature. Je lui parlais toujours de l'Antigone d'Anouilh. Un jour, il me dit, par pure provocation : « L'Antigone d'Anouilh est une petite conne qui n'a rien compris.. »
Je me souviens être entrée dans une vive colère, comme si c'était moi qu'il venait d'insulter !

Je ne sais pas si j'ai pensé à Antigone en écrivant « Les murs bleus ».
Mais cette idée me touche. Je porte toujours un peu d'Antigone au fond de moi. Elle reste pour moi l'esprit de la révolte. Celle qui agit par amour, et qui défie les lois. 

Merci pour cette question ! Elle m'a donné envie de relire Antigone.
Il y a longtemps que je ne l'ai pas ouvert, ce livre. Mais il est là, dans ma bibliothèque... Peut-être me parlera-t-il d'une manière différente ?

14.02.2008

D'autres livres sur la désobéissance civile et militaire ?

 Voilà mes réponses aux questions des élèves de Noirmoutiers.

"Bonjour, On voudrait savoir si "Les Murs bleus" est votre premier livre qui parle de la désobéissance civile et millitaire. Si non, quels étaient les thèmes des autres ouvrages?" (Rafael et Romain)


Je n'ai pas parlé ouvertement de désobéissance civile et militaire dans mes autres livres
.
Mais il y a des thèmes qui reviennent souvent dans mes romans.
Dans « Le cimetière d'Arhus » par exemple, qui est un livre plutôt pour adultes, je parle d'une jeune femme qui, ayant aimé un homme recherché par la police, est forcée de quitter son pays pour se cacher au Danemark.
Dans « L'ombre d'Adrien », je parle d'un jeune homme, Jérémie, qui tente de reconstruire sa vie après le suicide de son copain.
Comme dans « Les murs bleus », ce sont des personnages qui ont une vie tranquille qui, brusquement, va basculer. Comment vont-ils faire pour s'en sortir ? Pour retrouver un peu de bonheur ?
C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup, et qui peut prendre des formes différentes.

 

14.12.2007

Comment vous est venue l'idée de cette histoire ?

Cette question, je crois que peu d’auteurs y échappent, et j’aimerais bien savoir comment répondent mes confrères et consœurs.
C’est une question complexe, parce qu’elle touche à la création même.
Ce qui est sûr, c’est que je ne me suis pas réveillée un matin en me disant : « Tiens, aujourd’hui, je vais écrire l’histoire d’un déserteur pendant la guerre d’Algérie, qui part au Brésil, et revient en France avec un petit garçon presque aveugle… »
Ce serait trop facile.

On peut parfois trouver des « facteurs déclenchant » des choses qui vont déclencher le processus d’écriture. Ce peut être une info entendue à la radio, une histoire qu’on nous a racontée, ou bien une photo, ou une musique même…

Mais pour « Les murs bleus », je ne me souviens pas vraiment de « facteurs déclenchant ». 
J’avais juste envie, depuis longtemps, de parler de la désobéissance civile et militaire, et d’insoumission. Il se trouve que j’ai rencontré des hommes qui s’étaient insoumis au service militaire, ou qui avaient déserté, ou qui avaient choisi l’objection de conscience (à une époque, pas si lointaine, où le service militaire était obligatoire).
Certains d’entre eux ont payé leur choix en faisant des mois de prison. J’ai beaucoup parlé avec eux de ce choix difficile à faire. Pourquoi certains le faisaient ? Pourquoi d’autres renonçaient ?
Lorsque j’ai eu dix-huit ans, je me suis moi-même posé la question : si j’étais un garçon, est-ce que j’irai faire mon service militaire ? Ma réponse était non, viscéralement non. Mais en réfléchissant, je me suis rendu compte que ça n’était pas simple… Une telle décision se paie parfois très cher.
Or ce sont des questions qui m’intéressent encore aujourd’hui, parce qu’elles posent la question de la liberté individuelle.

Lorsque j’ai commencé l’écriture des « Murs bleus », je ne parlais pas du tout de la guerre d’Algérie. Antoine était un déserteur dans un conflit sans nom, à une époque indéterminée. Puis je me suis rendu compte que cela n’avait pas de sens. La France avait traversé des conflits armés, et il y avait des exemples de désertions et d’insoumission pendant la guerre d’Algérie. J’ai trouvé alors plus intéressant d’ancrer l’histoire d’Antoine dans un contexte réel.

Ensuite, j’avais envie de parler du Brésil,
parce que j’y ai vécu quelques mois, et que c’était une expérience très riche, très dure aussi. J’avais à peine dix-huit ans lorsque je suis partie au Brésil, dans le Sertão, et je n’étais pas préparée à ce que j’allais voir et vivre (la misère, la pauvreté, la violence, les conditions de vie difficile, etc.).

Et d’autres questions m’intéressaient, comme celles des liens qui peuvent exister entre un adulte et un enfant
qui n’est pas le sien. Et comment la société « recevait » des gens qui, à un moment donné, avaient refusé de suivre un chemin bien tracé.

Voilà, donc, au départ, beaucoup de questions… Mes romans, peut-être, sont une façon pour moi de tenter d’y répondre, d’une manière ou d’une autre, et de partager ces ébauches de questions et de réponses avec des lecteurs et lectrices.

Et au milieu de toutes ces questions et de ces choix, il y a autre chose de plus mystérieux, et ça, je n’ai pas vraiment de mots pour en parler… Il naît parfois sous mes doigts des personnages que je n’ai pas imaginés. Ces personnages se mettent à avoir leur vie propre dans le roman, ils parlent et disent des choses que je n’avais pas pensé, pas prévu. Ils m’échappent… C’est la part de mystère, fascinante, toujours renouvelée. La part de la création pure qui, pour ma part, ne cesse de m’émerveiller. Des choses qui sont en moi et que je ne connais pas et qui arrivent, à travers mes mots, jusqu’à la lumière.

J’ai écrit « Les murs bleus » en 2001. Ce livre a bien failli ne jamais voir le jour.
À l’époque, j’ai cherché en vain un éditeur. Les éditeurs jeunesse m’écrivaient qu’ils aimaient mon livre mais le trouvaient trop dur, trop violent pour prendre place dans leurs collections, et me poussaient à aller chercher un éditeur « adulte ». Les éditeurs adultes, eux, me renvoyaient en jeunesse… Au bout de deux ans de recherches infructueuses (et de compliments accumulés !), j’ai remisé mon manuscrit dans un tiroir et je l’ai un peu oublié.
C’est en 2006 qu’un de mes amis écrivains, Sébastien Doubinsky, m’a reparlé de ce manuscrit qu’il avait lu et aimé. Il m’a poussé à chercher de nouveau un éditeur, et il a bien fait… Les éditions Syros ont accepté le manuscrit, qui a alors été retravaillé. Il a notamment été largement réduit (à l’origine, il était presque un tiers plus long).

Lors d’une rencontre en Allemagne, au mois de novembre dernier,
une lycéenne m’a demandé : « Est-ce que c’est parce que cinq ans se sont écoulés que votre livre a été accepté ? Parce qu’il est plus facile de parler aujourd’hui, en France, de la guerre d’Algérie qu’il y a cinq ans ? »

J'avoue que je n'avais pas pensé à ça, mais il se peut que cette élève ait raison. Et sa reflexion nourrit encore la mienne.