23.04.2011

Retour sur la fête du livre de Villeurbanne

Je suis partie à cette fête du livre en traînant un peu les pieds. Je me disais : un salon de plus... avec un débat qui semblait difficile à mener (j'en ai parlé là). C'est vrai, il y a des salons qui laissent des impressions de flottement : des salons où l'on ne vend pas de livres, où l'on ne rencontre pas ses lecteurs, où l'on s'ennuie un peu trop, où l'on se demande ce qu'on fait là, et pourquoi on écrit encore... Enfin, bref, les questions que tout le monde se pose un jour ou l'autre... Et donc, je suis partie à Villeurbanne dans cet état d'esprit...

Je suis arrivée juste pour le débat. A peine de temps de faire la bise à Thierry Lenain et à Thomas Scotto (j'étais contente de les retrouver!), de saluer Isabelle Rossignol, et c'était partie. Plutôt que de longs discours sur la sexualité et la littérature jeunesse, j'ai préféré lire quelques extraits de "Rien que ta peau".
Et là... Je ne sais pas. Que s'est-il passé dans la salle, avec deux bonnes centaines de professionnels du livre, m'a-t-on dit (avec les lumières sur la scène, on ne voyait rien) ? Je n'en sais rien. Mais j'ai trouvé qu'il y avait un beau silence. Un des extraits a été curieusement applaudi. Moments étranges, un peu suspendus. Le débat a été très court (dommage, j'aurais bien aimé écouter Thomas Scotto parler plus longtemps de son "Jérome par coeur", par exemple), et c'était déjà fini.
Enfin, je croyais que c'était fini...
Mais, après, les gens sont venus me voir. Il y avait des lumières dans leurs yeux, comme des étoiles. Des gens qui m'ont dit simplement avoir été émus par cette micro-lecture. Et ça a duré comme ça tout le week-end. C'était étrange, parce que je n'ai rien fait d'autre que lire quelques lignes, et c'est tout ! Et j'étais à mon tour très émue de voir que de simples mots écrits peuvent déclencher des émotions comme ça.

Mais ce n'était pas tout ! Il y avait aussi des enfants, et des parents, qui sont venus simplement "pour rencontrer des auteurs", c'est à dire vraiment discuter avec, échanger.
Je crois n'avoir jamais vécu un salon comme ça, où le livre est au coeur de la fête (avec, en prime d'adorables libraires (de la librairie lyonnaise : "A titre d'ailes").
D'un seul coup, on a l'impression qu'on fait quelque chose de bien, en écrivant nos livres ;-)

Donc, c'était beaucoup d'émotions, beaucoup d'échanges, beaucoup de bonheur.
Et je ne parle  même pas du plaisir de retrouver d'autres écrivains et écrivaines, illustrateurs et illustratrices, avec qui j'ai partagé de bons éclats de rire !

Impossible, donc, de parler de tous ces moments forts... Alors je retiendrai juste celui-ci : Le dimanche, dans la rue (fermée à la circulation pour la fête du livre et des spectacles de rue), a eu lieu une "Mobilisation éclair". Tout le monde s'est rassemblé avec un livre à la main et, au coup de sifflet de Gérard Picot (créateur et directeur de cette fête), tout le monde s'est mis à lire à haute voix le livre qu'il avait dans la main, et ce pendant trois minutes.
Moi, j'avais pris "Rien que ta peau". A mes côtés, un jeune gars lisait à pleins poumons "Quatre-vingt treize" de Victor Hugo.
Il faisait un soleil de plomb, et c'était drôle et drôlement émouvant ces dizaines ou centaines de gens en train de lire tous en même temps, dans une joyeuse cacophonie de mots.
Mais ce que je retiendrai, je crois, c'est l'image de Gérard Picot, transpirant à grosses gouttes sous le soleil, en train de lire lui aussi à haute voix, des extraits de "Place au soleil" (mon premier roman paru aux éditions du Seuil)...
Alors, là... On a le coeur qui déborde un peu !
Du coup, quand on rentre d'un salon pareil, on se dit qu'on fait vraiment un beau métier et que, tiens, justement, il serait peut-être temps de penser au prochain texte, au prochain roman à écrire...