06.10.2008
Le trac
« Je ne sais pas comment tu fais pour parler devant tant de gens, moi, ça me rendrait malade de peur… me dit-on.
Mais je suis malade de peur ! Je ne dors pas la veille ni les jours précédents, j’ai les paumes qui se couvrent de sueur, le cœur qui bat à 2000 à l’heure.
Le jour J, j’ai toujours envie de faire pipi deux secondes avant de commencer, alors que je suis déjà allée trois fois aux toilettes en moins d'un quart d’heure (on ne rit pas), j’ai soif, j’ai peur de renverser mon verre, je me demande brusquement ce que je fais là et pourquoi je ne suis pas chez moi, bien tranquillement devant mon ordinateur, ou en train de faire mon pain dans ma cuisine… Et je me dis que, quand même, la littérature, ça mène à tout, y compris à faire l’andouille devant des gens qui en savent mille fois plus que vous sur tout, y compris sur vos propres livres.
Là, j’ai vraiment très envie de ficher le camp.
Et puis, finalement, je me raisonne et me dis : « Ecoute-moi, Cathy Ytak, tu n’es pas en train de passer un examen qui met ton avenir en jeu, tu n’es pas derrière une caisse de supermarché, les gens qui te font face n’ont a priori pas envie et pas de raison de t’en vouloir. Tu es vivante, tu es libre, et il y a pire dans la vie que ce que t’es en train de vivre. Les gens sont là pour passer un bon moment, alors toi aussi. Donc, t’arrêtes d’avoir le trac, sinon t’es une vraie petite conne qui n’a rien compris à la chance qu’elle a, de pouvoir parler de son travail comme ça » (oui, oui, je vous assure, je me parle de cette manière).
Et ça marche… Mais il faut que je me remonte les bretelles comme ça à chaque fois…. Et j’ai toujours autant le trac !
Ce qui a changé, c’est que depuis quelque temps j’ai appris à apprécier les silences du public, son écoute, sa respiration. C’est très fort, et si on écoute bien, ça peut même être un grand moment de bonheur.

lecture publique à Ludwibsburg, 27 septembre (photo B.D)
Le 27 septembre dernier, à Ludwigsburg, près de Stuttgart, je me suis retrouvée dans une situation inédite pour moi : une scène fortement éclairée, et un public dans le noir. Comme au théâtre.
Au début, c’est déstabilisant, parce qu’on ne voit pas les gens. On les entend. On sent les vibrations. C’est étrange. Il y a une communication qui s’établit malgré tout, mais qui ne passe pas par le regard. Un ami chanteur m’avait parlé de ça, un jour, mais je ne l’avais jamais vécu. C’est impressionnant.
En Allemagne, à la fin d’une lecture, les gens applaudissent. Et là, d’un seul coup, j’ai l’impression de plonger dans un trou noir : je ne me souviens plus de rien. C’est peut-être une chance, finalement: je n’ai ainsi pas l’impression de me répéter d’une fois sur l’autre.
Dans une semaine, je ferai une lecture publique à la foire du livre de Frankfurt. Et dans un mois, ce sera une participation à un colloque sur «écrire/traduire » lors des Assises de la traduction, à Arles.
Rien que d'y penser, j’ai déjà mal au ventre...
Mais voilà, une fois le trac passé, il y a cette communication étrange entre le public et vous. C’est mystérieux, et un peu exaltant, finalement. C'est une espèce de retour direct que l'on a que très rarement, quand on écrit.
15:10 | Lien permanent | 3/ Au jour le jour | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : trac, rencontre, public, allemagne, lecture
04.10.2008
Impressionnante rencontre
Il y a des rencontres dont on se souvient. Souvent celles qui n'étaient pas évidentes au départ !
Savoir que j'allais intervenir devant 150 élèves allemands, du petit collégien au grand lycéen, avec des niveaux de connaissance de langue française allant d'un an de pratique en 3e langue à six ou sept ans ne me rassurait pas vraiment.
Finalement, il y avait presque 200 élèves dans cette grande salle...
Et une écoute et un silence attentif dont je me souviendrai longtemps.
J'ai essayé de parler lentement.
J'ai essayé d'expliquer avec des mots simples ce que j'avais eu envie d'écrire.
J'ai essayé de lire des extraits de mes livres en y mettant le ton, l'intonation, l'expression qu'il fallait.
J'ai expliqué que la langue était avant tout une musique, et qu'il n'était pas toujours nécessaire de connaître toutes les notes pour l'apprécier.
J'ai dit cela sans même savoir si j'étais bien comprise.
Alors, cette écoute, c'était quelque chose d'impressionnant, presque incroyable.
Et lorsque j'ai vu des mains se lever, timidement, pour poser des questions, j'ai trouvé ça magique !
Derrière moi, sur la scène, il y avait un joli présentoir avec des textes, écrits par des lycéens, sur des feuilles de toutes les couleurs. C'était très beau. J'aurais aimé les lire aux élèves rassemblés, mais c'était difficile de choisir. Certains textes étaient très personnels.
Je me suis alors souvenue du plaisir que j'éprouve parfois à écrire en catalan, cette langue que j'ai apprise et qui ne sera jamais ma langue maternelle. Comme si d'écrire dans une autre langue nous libérait de certaines entraves, tout en nous rendant plus incertains (on ne sait jamais si on va être compris ou non), et parfois presque impudiques (parce qu'on ne connait pas toujours les mots qui nuancent, voire dissimulent nos propos).

Voilà une photo de la rencontre, "volée" sur le site de l'école.
Les autres photos sont ici (cherchez la date "Montag, der 29. September 2008")
Merci encore à tous ceux et celles qui ont rendu cette rencontre possible. Notamment Jürgen Mertens.
A ceux qui me feront remarquer qu'il s'agit d'une école catholique (alors qu'on connaît mes idées farouchement laïques), je tiens à rappeler qu'en Allemagne il n'y a pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
18:20 | Lien permanent | 5b/Rencontres et voyages | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : allemagne, rencontre, élèves allemands
07.09.2008
Mayence
Ça y est, j'ai vérifié les roues de ma valise à roulettes. Mon parapluie est prêt, mes pulls et mes grosses chaussettes aussi.
Je repars en Allemagne mardi 9 septembre pour un petit voyage éclair à Mayence, une rencontre avec des professeurs allemands qui enseignent le français.
Je vais être ammenée à en rencontrer à plusieurs reprises, cette année. Et c'est toujours un grand plaisir pour moi. Leur curiosité, leur intérêt pour notre langue, leur grande maîtrise du français, aussi, sont impressionnantes.
On me demande : alors ? Tu as préparé la rencontre ?
Et j'ai envie de répondre oui, et non. Oui, bien sûr, j'ai déjà choisi les extraits que j'offrirai en lecture. Je ne sais plus si je l'ai déjà dit, mais ces rencontres en Allemagne m'ont redonné le goût de la lecture à voix haute, et il semble que l'exercice soit très appréciée. Je ne compte plus le nombre de professeurs qui sont venus me voir, en fin de rencontre, pour me dire qu'ils avaient aimé m'écouter lire !
Je ne me lance pas souvent de fleur, mais c'est vrai, je lis bien. Le seul problème, c'est que j'ai une toute, toute petite voix. Lorsque je travaillais dans une radio libre (où j'aimais faire des lectures), ça ne posait pas de problème : il suffisait de monter le micro. Lorsque j'interviens devant un public, j'ai toujours un peu peur de ne pas être sonorisée correctement.
Donc, j'ai préparé les extraits que je vais lire. "Les murs bleus", bien sûr, mais sûrement aussi quelques extraits de "Rien que ta peau". Et peut-être aussi des livres pour enfants, pour s'amuser un peu.
Et puis j'ai réfléchi à quelques pistes possibles pour parler de mon travail. Ensuite, tout dépend du nombre de personnes présentes. Si c'est moins de cinquante, je ne mets rien par écrit. Je "respire" la salle, je regarde les gens, je m'adapte. S'il y a plus de cinquante personne, je prépare par écrit, et j'essaye de ne pas lire, ou pas complètement, ce que j'ai préparé. J'aime aussi les surprises, les questions. Et jusqu'à maintenant, j'ai toujours rencontré un public de gens motivés et curieux.

Je retourne donc mardi à Mayence. J'y suis allée une fois, je n'ai rien vu de la ville... Rien que la gare, l'hôtel en face, les trois cents mètres qui me séparaient du lycée, et retour à la gare. Cette fois-ci, je vais essayer de faire un petit tour en ville.
Je me réjouis aussi parce, en regardant le programme de ces rencontres (une journée intensive pour les professeurs, avec des conférences, des ateliers, etc.), j'ai vu quelques noms connus. Ainsi, je vais revoir Rachel (rencontrée à Erlangen en juin 2007), Michèle des éditions Klett, et quelques autres... Et je suis sûre que cette journée sera riche en rencontres.
15:09 | Lien permanent | 5b/Rencontres et voyages | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : allemagne, mayence, prof
26.03.2008
Retour sur la remise du prix des lycéens allemands
Je sais, je suis rentrée d’Allemagne depuis quelques jours déjà…
Mais voilà, c’est pour moi un peu difficile d’en parler. C’est un tel mélange d’émotion, de bonheur, d’étonnement, de satisfaction, d’un tourbillon d’idées, de pensées, de choses décousues et bizarres !
Le suspense a été gardé jusqu’à la dernière minute, lors de la cérémonie. Lorsque j’ai vu mon nom s’inscrire en lettres géantes sur l’écran, ma première pensée a été pour mes deux collègues qui étaient à mes côtés, sélectionnées elles aussi : Marie-Florence Ehret et Anne Vantal. J’ai pensé « Zut, elles vont être déçues de ne pas l’avoir… ».
Et puis après, je me suis dit : Alors voilà… C’est moi qui l’ai.
C’est très étrange. On le voit sur les photos : je ne réalise pas très bien et je suis très émue.
Ce prix, je pense que ce n’est pas moi qui le reçois, ce sont « Les murs bleus ». En quelque sorte, je suis juste venue représenter mon roman.

Ensuite, ils ont dû se décider pour qu’un livre (sur les cinq sélectionnés) obtienne 75 % des voix…
Ils ont dû voter plusieurs fois de suite, et argumenter ferme !
Cette photo a été prise au moment où le prix est annoncé (juste avant que je monte sur scène).
Je suis heureuse de voir que les lycéens allemands ont choisi un livre qui pose des questions graves, sur le droit -ou non-, d’aimer -ou de ne pas aimer- son pays, un livre qui parle de la violence qu’on fait aux femmes, qui parle de désobéissance, de pacifisme et d’antimilitarisme, qui parle du tiers-monde. Un livre pas forcément simple à lire et qui aborde sujets qui dérangent, comme le thème de la guerre d'Algérie et de l'insoumission.
Je les remercie donc, du fond du coeur. J'ai déjà parlé, dans plusieurs post, du bonheur de ces rencontres.
Et en même temps que j’étais assaillie par tous ces sentiments, j’avais en moi, déjà, une petite pointe de nostalgie pour ces tournées en Allemagne. Cette cérémonie refermait la page, en quelque sorte. Et j’ai vu tellement de visages, tellement de sourires, j’ai rencontré tellement de gens intéressants durant ces tournées, que je ne pouvais m’empêcher de penser : maintenant, c’est fini...
PS.
Pendant tout ce temps, entre les tournées, j’ai continué à écrire. Un gros roman, et un court roman pour des ados. Le second est fini, le premier en perpétuel recommencement (au moins tant que je ne serai pas satisfaite du résultat).
Si je vous en parle, c’est que je viens d’apprendre que le court roman pour ados vient d'être accepté par les Editions Actes Sud Junior, et sortira en octobre prochain, dans une collection que j'aime beaucoup : "d'une seule voix" (qui a publié, entre autres, Jeanne Benameur et son très beau "Ramadan de la parole".)
Cette nouvelle me rend vraiment heureuse.
Mon travail ne s'arrête donc pas aux "Murs bleus". J'ai d'autres projets et livres en cours...
14:42 | Lien permanent | 9/"Murs bleus" tournée allemande | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : prix des lycéens, allemagne, leipzig, pacifisme
20.03.2008
Un récit tout en images
Je viens de mettre en ligne un "album" avec quelques photos du séjour à Leipzig...
Il vous suffit d'aller à cette adresse : http://album.club-internet.fr/ytak, puis de cliquer sur "Leipzig, mars 2008" et de donner le mot de passe : ytak.

Vous pouvez également consulter d'autres photos, prises cette fois par les éditions Klett, à l'adresse suivante :
http://www.klett-franzoesisch.de/prix-lcyeens-2008-1.html...
16:42 | Lien permanent | 9/"Murs bleus" tournée allemande | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prix des lycéens, leipzig, allemagne
18.03.2008
Le prix des lycéens...
Le prix des lycéens allemands 2008 est attribué au roman "Les murs bleus", de Cathy Ytak.
C'était à Leipzig, le 14 mars...
Je partage avec vous ce grand bonheur, cette grande joie.

23:12 | Lien permanent | 9/"Murs bleus" tournée allemande | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : prix des lycéens, allemagne
02.02.2008
Bilan d'une tournée
Petit bilan de la tournée...
Beaucoup de bonheur, beaucoup de belles rencontres avec les lycéens.
De beaux sourires, quelques compliments qui m’ont fait battre le cœur. Beaucoup d’émotions partagées.
Au mois de mars, je retourne à Leipzig. Cette fois, pour la finale.
Je n’ai franchement pas l’impression que je peux gagner plus que ce que j’ai gagné jusqu’ici !
Les autres livres présentés ont de grandes qualités. Tous oeuvrent, à leur manière, à ouvrir les horizons de la littérature, et c’est bien.
Je suis heureuse de pouvoir rencontrer les autres auteurs sélectionnés (je ne connais que Marie-Florence Ehret, avec qui j’ai eu le plaisir de partager quelques salons du livre).
Aujourd’hui, j’ai envie de dire : nous exerçons vraiment un bien beau métier !
Et c’est une façon de dire, à toutes et tous : merci.

08:00 | Lien permanent | 9/"Murs bleus" tournée allemande | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tournée, allemagne, fleurs
01.02.2008
Dernier jour à Coblence
Coblence...
Une ville qui a l’air bien jolie, mais dont je n’ai pu admirer que la gare (quelques minutes avant de reprendre mon train).

J'ai surtout pu admirer la superbe belle salle de conférence, tout en haut du lycée qui m'accueillait. En voilà là photo, avant que les élèves n'arrivent. En Allemagne, on appelle ça des « aula ».

Une rencontre très bien préparée (la salle avait été sonorisée grâce aux élèves). Des lycéens qui venaient de plusieurs autres établissements, et qui m’ont posé tout un tas de questions intéressantes, pertinentes. Sur la guerre d’Algérie, bien sûr, mais aussi sur la notion de culpabilité, sur le silence, et la souffrance de ceux qui ont participé à des guerres.
Il était tôt (8 heures du matin), mais tout le monde semblait bien réveillé !
En quittant la salle, j’ai eu un petit pincement au cœur : c’était la dernière rencontre de ma tournée, et cette tournée la dernière de la série des tournées en Allemagne.
16:50 | Lien permanent | 9/"Murs bleus" tournée allemande | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tournée, allemagne, coblence






































