12.12.2007

"Il montre ses émotions..."

"Ce que j'aime dans "Les murs bleus", c'est qu'Antoine montre ses émotions..."

Lors des rencontres avec les élèves, ce commentaire revient souvent, tant dans la bouche des filles que des garçons. Au début, je n'y ai prêté très attention, mais il revient si souvent qu'il finit par me poser question.

Oui, dans "les murs bleus" Antoine, ce déserteur de 38 ans "montre ses émotions". Celle qui l'étreint quand il assiste, impuissant, aux viols de femmes algériennes... Mais aussi celle qui l'étreint lorsqu'il se rend compte qu'il aime ce petit gamin brésilien comme s'il était son propre enfant.

Antoine est une sorte de "plaque sensible", réceptif (peut-être plus qu'un autre?) à tout ce qui se passe autour de lui, en bien comme en mal. Ce type d'homme existe, même si ça n'est pas "la norme".

La littérature, comme la vie, nous abreuve de modèles masculins machistes, durs, violents. Une image de l'homme toujours sûr de lui, de son bon droit, et peu ouvert à l'émotion.

Cette image, je m'en méfie. Comme je me méfie de l'image des femmes "soumises, silencieuses et victimes", évidemment réductrice! 

Les hommes sont-ils si piégés par le rôle que la société leur impose pour qu'on souligne à ce point que, dans les Murs bleus "Antoine montre ses émotions" ? N'y aurait-il que les femmes et les enfants qui auraient le droit de le faire ?

Et si les hommes avaient, eux-aussi, à se libérer de leur image ?