02.09.2011

Quelques questions à Khaled Osman

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Le caire (photo K.Osman)

J'ai eu envie de poser quelques questions à Khaled Osman à propos de son roman "Le Caire à corps perdu" (dont j'ai déjà parlé ici), et il a accepté d'y répondre avec beaucoup de gentillesse.

— Khaled, quel a été le ou les éléments déclencheurs dans l'écriture de ce roman ?
C’est un roman que je rêvais d’écrire depuis longtemps, mais j’ai mis des années à concrétiser ce rêve. D’abord, j’étais persuadé de n’avoir aucune imagination. Ensuite, à force d’être confronté à de grands textes dans mon activité de traducteur littéraire, écrire à mon tour m’aurait semblé prétentieux. Enfin, même quand l’idée me traversait l’esprit, je me disais que je n’aurais pas droit à l’erreur (ceux qui se lancent à vingt ans peuvent toujours tenter des choses différentes, recommencer jusqu’à trouver le style qui leur convient), et cela me dissuadait encore plus. D’un autre côté, j’étais sûr que si je ne me décidais pas à franchir le pas, je garderais toujours un petit regret au fond de moi. Je me suis donc forcé à rédiger quelques pages, à partir d’une trame assez sommaire. Ensuite, l’histoire et les personnages se sont mis en place progressivement, et l’écriture est venue bien plus naturellement que je ne le craignais.

— Tu te retrouves dans la position d'un traducteur qui devient  écrivain. Qu'est-ce que tu as découvert, pendant l'écriture de ce  roman, qui t'a surpris le plus (au niveau de l'écriture, notamment)?
A vrai dire, j’ai découvert plus de ressemblances que de différences entre ces deux activités: l’écrivain,  comme le traducteur, est amené à rechercher le style le plus adapté pour traduire en mots des idées, des impressions, des images. Que celles-ci soient celles d’un autre ou les tiennes, au fond, ça ne change rien – ou presque. La principale nouveauté, pour moi, c’est qu’en traduisant, on a rarement à se poser la question de la construction – l’auteur du texte  original l’a déjà réglée. Quand on écrit, au contraire, tout est à faire, depuis la construction générale du roman jusqu’à l’articulation des histoires individuelles qui composent le récit. Ces histoires vécues ou imaginées que tu as en tête – je pense par exemple à l’épisode de la chute de l’enfant ou celui de la collision de train – semblent te lancer un défi : « Alors, vas-tu trouver la meilleure façon de me raconter ? » (rires)

— Entre l'écriture de ce roman et sa publication, l'Egypte a fait sa  révolution. Est-ce que tu écrirais ce roman, aujourd'hui, de la même  façon que tu l'as écrit hier?
Bien sûr, cette révolution est un événement très important, et après avoir vu ces gens sortir de chez eux au péril de leur vie pour défier son dictateur, puis le contraindre à partir, on sait que rien ne sera jamais plus comme avant. Mais je n’ai pas voulu fixer un moment particulier de l’Histoire. Bien sûr, mon personnage, en retournant au Caire après une longue absence, retrouve des souvenirs d’enfance, évalue les changements survenus depuis qu’il est parti, discute avec les jeunes qu’il rencontre, de sorte que beaucoup d’éléments sur lesquels la Révolution a mis le projecteur – la lucidité de la jeunesse, le bouillonnement de la capitale autour de ce cœur battant qu’est la place Tahrir, la paranoïa d’un régime entouré d’appareils de sécurité féroces  – figurent dans le roman, mais presque par hasard, parce qu’ils m’ont toujours intéressé, indépendamment des soubresauts de l’actualité. En fait, je voulais montrer, d’une manière romanesque, les liens sensuels, charnels, poétiques, qui unissent le personnage à cette ville et à ses habitants. Donc oui, je pense que je l’écrirais aujourd’hui de la même façon.

— As-tu eu des difficultés à te faire éditer?
Oui et non. Oui parce que je m’étais initialement polarisé sur les grandes maisons d’édition -- après avoir attendu si longtemps, il me fallait, l’un des plus grands éditeurs de la place, sinon le plus grand (rires) ! Certains ont sincèrement aimé mon roman mais m’ont avoué ne pas l’imaginer dans leur catalogue ; d’autres ont justifié leur refus avec des arguments embarrassés, comme s’ils s’étaient donnés du mal à trouver une raison de ne pas le publier. Je pense qu’avec son côté inclassable – une sorte de littérature étrangère écrite en français ? –, il n’entrait pas facilement dans leurs grilles d’appréciation. Non parce que, parallèlement à ces tentatives, j’ai découvert par hasard un petit éditeur, « Vents d’ailleurs », dont le projet  est de « construire des passerelles vers des imaginaires venus d’ailleurs et proposer des livres pour enrichir les êtres humains dans leur recherche d’humanité ». Je leur ai aussitôt envoyé mon roman, et ils m’ont  donné leur accord très vite, ce dont je n’ai qu’à me féliciter : j’ai ainsi découvert des gens ouverts, chaleureux et qui ont le goût du travail bien fait.

Merci Khaled !

"Le Caire à corps perdu", roman, éditions Vents d'Ailleurs.
Sortie 22 septembre 2011
On peut également retrouver Khaled Osman sur son site web : http://khaledosman.fr/

01.09.2011

Le Caire à corps perdu, roman de Khaled Osman

J'ai parfois la chance d'assister à la naissance d'un roman... Et c'est le cas avec "Le Caire à corps perdu", de Khaled Osman, qui va paraître aux éditions "Vents d'ailleurs".
J'ai donc vu comment ce roman s'affinait,
s'affirmait, se modelait, se peaufinait, se ciselait... Et c'est, au final, un vrai coup de coeur.

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De quoi parle ce roman, en quelques mots ? On peut dire qu'il s'agit d'un Égyptien qui retourne au Caire après des années d'absence mais qui, à peine arrivé, perd la mémoire. Mais pas toute la mémoire. Si son identité semble s'être effacée, il reste dans son cerveau une mémoire intacte : celle de l'écrit, poèmes et récits arabes qui ont bercé sa vie.
Et cet homme (presque) sans mémoire va trouver refuge dans une pension comme on les aime : pleine de vie, truculente, avec des personnages aussi attachants que haut en couleurs. Tous vont l'aider, à leur manière, pour qu'il retrouve la mémoire. Mais quelle mémoire, et pour quoi en faire ?
Evidemment, c'est un résumé trop... résumé !


C'est un très beau roman, tonique, savoureux, souvent très drôle. Il peut se lire comme une longue et vivifiante promenade à travers le Caire, ou comme un polar, ou comme un instantané de vie, ou comme une réflexion sur la mémoire et l'identité. C'est un peu tout ça qui fait sa richesse, le tout servi par une belle écriture.
Je crois qu'il me touche aussi parce qu'il aborde, au fond, des sujets qui me tiennent à coeur : qu'est-ce qu'une identité ? A quel pays appartient-on ? Peut-on choisir sa terre d'accueil ? A quoi sert la mémoire ?
Et  j'aime ce livre parce qu'il est baigné d'humour, de bonne humeur et de tendresse. En un mot, il est plein de chaleur et d'humanité (ce qui nous fait souvent défaut, en France, au moins dans la littérature).

Khaled Osman, l'auteur, est égyptien, il a grandi en France. Il est traducteur de très grands auteurs égyptiens, comme Naguib Mahfouz et Gamal Ghitany, et maintes fois récompensé pour la qualité de ses traductions."Le Caire à corps perdu" est son premier roman.


"Le Caire à corps perdu", roman, éditions Vents d'Ailleurs.
Sortie 22 septembre 2011
"Quelques questions à Khaled Osman", c'est par ici : http://www.ytak.fr/archive/2011/09/01/quelques-questions-...

On peut également retrouver Khaled Osman sur son site web : http://khaledosman.fr/

01.07.2011

"Armen", de Jean-Pierre Abraham

Suite de mes coup de coeur, en littérature adulte

« Il y a des mots qui se mettent à flamber dans la nuit. Au matin, souvent je les retrouve en cendres. Quels mots faut-il inventer, qui flambent à chaque fois qu'on les regarde ? » (in Armen).

Jean-Pierre Abraham, Armen, Bernard Lagny, Maurice Pommier

« Armen », de Jean-Pierre Abraham.
Le livre sorti en 1967 aux éditions du Seuil, réédité par « Le Tout sur le Tout » en 1988.
C'est un livre que j'ai cherché pendant un temps sans succès, et qui m'attendait finalement dans une librairie de La Rochelle (Les Saisons), comme un cadeau.
Ar Men, c'est le nom d'un phare, à la pointe ouest de la Bretagne. Un de ces phares en pleine mer, qu'on appelle des « enfers ». En breton, Ar Men signifie « la pierre ».
On peut se demander ce qu'allait y faire Jean-Pierre Abraham, ce jeune homme alors âgé d'une vingtaine d'année, fils de dentiste, ayant fait des études de lettres et de philo...
Armen, donc, ce n'est pas seulement le témoignage / journal de bord d'un simple gardien de phare. C'est un récit qui se dévide comme un long poème, où chaque mot à son importance. Les ombres, la mer, les tempêtes, l'écriture, la nuit, le temps qui passe, la peinture, aussi.

« L'aube approche. La brume ne s'est pas épaissie. Il fait froid. Le souvenir de tous les coups de vent des mois passés revient en sourdine. Ils n'ont rien ouvert. Je suis courbatu. Qui saura m'interroger, m'assiéger pour qu'enfin les seuls mots perlent? » (in "Armen")

Ce sont aussi les veilles de nuit dans un phare qui n'est pas électrifié, et la peur quand la mer se déchaîne.
« 23 h. Et si la mer enfin était la plus forte après cent ans ? Elle attaque avec une violence encore inconnue. Si dans un ultime bond elle balayait enfin ce phare, nous et nos casseroles ? Moi je veux bien et je n'aurai rien fait. Il faut être abruti pour n'avoir pas peur... » (in "Armen").

Entre réflexions et témoignage précieux d'un travail harassant et dangereux. C'est un texte hors du temps que j'ai trouvé envoûtant et, comme souvent quand un livre me touche particulièrement, j'ai du mal à trouver les mots pour en parler.
Alors disons juste que ce livre m'a transportée et bouleversée. Je l'ai lu au moment où j'écrivais « Il se peut qu'on s'évade », et il a nourri ma réflexion. Au point qu'il se retrouve en citation dans mon roman, comme une espèce d'hommage que j'espère pas trop maladroit.

Quand on lit comme ça un livre qui vous touche à ce point, on ne peut en rester là.
J'ai donc acheté d'autres livres de cet auteur, et me suis renseignée à son sujet.
Jean-Pierre Abraham est malheureusement décédé en 2003. Il a écrit plusieurs livres dans lesquels se retrouve cette écriture singulière, et cette attirance pour les situations limites pour l'homme. La solitude extrême, le silence, la lumière, la peinture encore, le vent... Et la mer, bien sûr.
Pour en savoir un peu plus sur cet écrivain hors du commun :
http://site-tanguy-dohollau.pagesperso-orange.fr/t_doholl...

On peut aussi le voir et l'entendre dans un film d'archive (Ne faite pas attention au ton grandiloquent (c'est un film tourné dans les années soixante!).


Ar-Men par YMA1965
(Si vous ne parvenez pas à visionner ce film depuis mon blog, vous pouvez le voir à cette adresse :
http://www.dailymotion.com/video/xek0bm_ar-men_creation#f...

Enfin, les amis de Jean-Pierre Abraham veillent à ce qu'on ne l'oublie pas et qu'on continue à lire son oeuvre. Et on dirait que cette année 2011 est une année propice !
Après Paris et Douarnenez au mois de juin, une exposition lui est consacrée sur l'île de Sein, en Bretagne :
http://site-tanguy-dohollau.pagesperso-orange.fr/t_doholl...
(profitez-en pour découvrir Tanguy Dohollau, et la très grande beauté de son travail).

Autour d'un bateau-feu

Des livres pour prendre la mer... Voilà un petit choix de lectures estivales

« Autour d'un bateau-feu Scarweather »

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Un bateau-feu, ou bateau-phare, c'est un drôle de bateau qui n'a ni voile ni moteur. Un bateau ancré, perpétuellement ancré, qui n'est là que pour éclairer le chemin des autres bateaux.
Jean-Pierre Abraham a vécu sur un de ces bateaux-phares, le Scarweather, désormais ancré définitivement à Douarnenez. François Dilasser, peintre, avait aussi travaillé sur le sujet du bateau-feu.

L'année dernière, un photographe et ami de Jean-Pierre Abraham, Bernard Lagny, a décidé de faire un livre-hommage, en réunissant une trentaine d'artistes, et presque autant d'écrivains, autour de ce bateau-feu, tout rouge.
Le résultat ? Un livre magnifique, à lire, à admirer.
Publié par Coop Breizh : http://www.coop-breizh.fr/lire-3/livres-3/nouveautes-livr...

J'ai vu dans ce livre des oeuvres très intéressantes, d'artistes que je ne connaissais pas. Cela m'a donné envie de les découvrir. Idem pour certains écrivains et poètes.

6759213-1.jpgBernard Lagny, photographe

Bernard Lagny, coordinateur de ce très bel ouvrage, est aussi photographe.
Ses photos me parlent et m'émeuvent. Peut-être parce que, comme Jean-Pierre Abraham, Bernard Lagny touche deux mondes qui sont peut-être moins éloignés l'un de l'autre qu'il n'y paraît à première vue ; le monde du travail manuel, le monde de la création artistique.
Gardien de phare et écrivain pour le premier, photographe qui vit et travaille dans un ancien chantier naval pour le second. C'est bien de brouiller les repères, dans cette société qui voudrait toujours mettre les intellos d'un côté, les manuels de l'autre, dans un clivage idiot.
Pour découvrir le travail de Bernard Lagny, voilà l'adresse de son site :
http://www.bernardlagny.com/home.html

J'ai eu le plaisir de rencontrer Bernard Lagny et de découvrir son travail au festival du livre de Doëlan, ainsi que Maurice Pommier.
Maurice Pommier qui passe son temps à découper des petites silhouettes au cutter dans du carton, comme un gamin rêveur qui gribouille toute la journée dans ses cahiers d'écoliers.
Tout en discutant et blaguant avec les gens, Maurice coupe et cisèle des merveilles. Il y en a quelques-unes dans le livre «Autour d'un bateau-feu ».

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Maurice Pommier et Bernard Lagny
ont l'air de bien se connaître et de s'apprécier. Tous les deux partagent, je crois, le même amour du bois. Pour découvrir le travail de Maurice Pommier, c'est par là :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Pommier
http://www.ateliersdelours.com/

(Avec un grand merci à Françoise Grimaud, du festival du livre de jeunesse de Doëlan, qui a rendu possible ces belles rencontres !)

01.06.2011

Lola Lafon, une vie de voleuse

En ce moment, je vais d'un salon à l'autre, d'une relecture d'épreuves à une autre, d'une publication à une autre ("Petits ruisseaux", album chez Sarbacane sort aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies.) Je termine un nouveau livre de cuisine, je voyage pas mal... Et j'écoute beaucoup de musique.

Alors je vais vous parler de musique. D'un disque, en particulier, que j'écoute en boucle en ce moment, et que je vous conseille franchement.
Il s'agit de "Une vie de voleuse", de Lola Lafon (Le chant du Monde/Harmonia Mundi)

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[...] Je propose qu’on envisage

De redéfinir la lumière
Qu’elle s’avance plus doucement
Que le matin vienne au couchant

 Ouvrir grand les bras quand le vent frappe au coeur
Réparer les heures éteintes
Puis aimer à la renverse [...]
(Voyager légère).

Vous pouvez découvrir cette chanson et quelques autres sur sa page myspace :
http://fr.myspace.com/lolalafon

J'aime les textes, la voix, la musique; la musique, la voix, les textes; la voix, les textes, la musique... Ecoutez-la !!
Et lisez ses livres (tous sortis chez Flammarion) : "Une fièvre impossible à négocier", "De ça je me console". Je vous parlerai bientôt de son dernier roman : "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce".

24.05.2011

Le jour de l'ours, de Joan-Lluís Lluís

Sorti il y a quelques années maintenant, "Le jour de l'ours" de Joan-Lluís Lluís vient de faire l'objet d'une belle critique.
Vous pouvez la découvrir en cliquant ici.

J'espère qu'elle donnera envie à ceux et celles qui n'ont pas lu ce beau roman, de le découvrir !
Il a été publié par les éditions Tinta Blava, et traduit du catalan par mes soins.

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23.10.2010

Le livre des cerfs

J'avais déjà parlé d'Alain Goy, conteur, illustrateur, auteur, et forestier dans le pays de Chaux (Jura) ,sur ce post. L'adresse de son site a changé.
J'en ai profité pour y refaire un petit tour. Et j'ai vu que son livre "Le livre des cerfs" est sorti. J'avais eu le plaisir (et le privilège !) de voir les planches originales... bien avant, donc, sa publication.
Comme ce livre m'avait beaucoup amusée, je suis très heureuse de le voir publié, aux éditions DMODMO

Alain Goy est amoureux des Cerfs, sous toutes leurs formes. Des desserts, des cerfs-volants, et peut-être... des cerfs-fouette ? C'est un livre drôle, à regarder en famille.

Et pour en savoir plus, voilà la nouvelle adresse de son site :http://www.alaingoy.fr

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04.07.2010

Lectures estivales 2010, Anne Percin

La suite de mes coups de coeur, et de mes propositions de "lectures estivales".

"Bonheur fantôme" d'Anne Percin, est un roman singulier. Une petite musique comme celle de la pluie qui caresse les carreaux, apaisante, irritante, lancinante. C'est un livre qui a laissé une trace vive dans ma mémoire, et dans lequel j'ai plaisir à me replonger.

bonheur.jpgEn voilà un extrait :

[...] "Maintenant, je suis allé trop loin. J'ai ouvert les portes des Enfers. Les morts se baladent à travers moi, et les mauvais souvenirs, et le passé récent. C'est le bordel. Je n'arrive plus à écrire, ni à bosser, ni à penser à autre chose.
Quand j'aurai dégagé ma route des ombres qui s'y étalent, j'y verrai mieux. Je commence d'ailleurs à entrevoir un peu de lumière. Dans un jour fait de larmes essuyées, je vais vivre. Là-bas, à l'horizon, il y a un avenir clair, une toile délavé peinte à l'aquarelle. Ça brille, c'est lumineux. Ça pourrait être ça aussi, ma vie.
J'ai envie d'aller tout droit vers cet avenir au bout de la piste. Et pour cela, remettre les morts à leur place, numéroter les cadavres, nommer les fantômes, rendre à chacun le sien. Délimiter l'obscurité. Ourler la nuit, contourner les rêves." [...]

"Bonheur fantôme" d'Anne Percin, éditions Au rouergue, collection "La brune".

Dans ce roman "pour les adultes", on retrouve pourtant le personnage de Pierre, déjà rencontré dans "Point de côté", roman ado publié chez Thierry Magnier.
Pour en savoir plus : le blog d'Anne Percin.

03.07.2010

Lectures estivales 2010, Sébastien Doubinsky

Quelques lectures pour l'été... Mes coups de coeur 2010.

"Quién es ?" de Sébastien Doubinsky.

"Quién es ?" "Qui est-ce ?" Sont les dernières paroles, aujourd'hui célèbres de Billy The kid, mort à 20 ans.
Se glissant dans la peau de ce personnage devenu mythique, Sébastien Doubinsky tisse un monologue sensible et émouvant. C'est un petit roman en taille (80 pages), mais grand par sa puissance évocatrice, et la beauté de son écriture.
A déguster !
En voilà un extrait que j'aime beaucoup.

[...] « bonheur »
Le mot emplit ma bouche comme de la neige, empêche ma langue de bouger, se tasse contre mes dents –  ce n’est pas que je n’ai pas envie de le prononcer, mais c’est un mot qui exige qu’on s’arrête, qu’on soit un tant soit peu immobile et moi je suis toujours en mouvement – en fuite, oui, mais pas seulement – je poursuis aussi quelque chose, mais ce n’est pas le bonheur, justement – je poursuis quelque chose ou quelqu’un qui me ressemble, mais je ne vois que son dos et plus je m’approche, plus il semble s’éloigner, comme un mirage dans le désert – le bonheur me semble être une évidence, un instant où l’on doit se dire qu’on est exactement là où l’on doit être – et même si un jour mon nom mérite de rester dans les mémoires, il ne cessera de s’envoler avec le vent pour se poser un peu plus loin, comme la page jaunie d’un vieux journal ou un tumbleweed désseché – un nom qu’on sentira flotter sur le visage, dont on sentira le parfum de poudre, mais qu’on ne pourra jamais saisir." [...]

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Quién és ? de Sébastien Doubinsky
Editions Joëlle Losfeld. collection "littérature française".


02.07.2010

Lectures estivales 2010, Pierre Gallissaires

Première proposition de lectures pour l'été. On commence avec de la poésie.

Pierre Gallissaires, grand traducteur de l'allemand (mais aussi de poètes néerlandais), est poète lui-même. Il vient de publier "Le dit du poème parmi d'autres", aux éditions Aviva.

"Je ne sais qui dit quoi

Je ne sais qui
dit sept et retient douze à déjeuner
dit quoi
s'accuse de l'orage et foudroie son chagrin
prend la parole au pied d'un mur
écoute les images

tourne six fois son pouce dans la bouche et l'avale
son bec
dans la poche et l'enlève
pleure deux fois plus vite que son ombre
je ne sais qui prétend

être né le premier qui dément
je ne sais quoi
dérange
persiste et digne se défend
je ne sais qui splendide

va là
prend la parole au pied d'un arbre

et vit"
Pierre Gallissaires. "Le dit du poème parmi d'autres".
Editions Aviva, 84 rue Amédée-Berque. 33130 Bègles.

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