18.04.2008

Les couvertures

Blandine me demande comment était la première couverture de "Rendez-vous sur le lac"...
Je vais en profiter pour parler des couvertures de mes livres !
Voici les couvertures de ce roman jeunesse.

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Première couverture (à gauche), publiée en 2003 par J'ai Lu Jeunesse, nouvelle couverture de Corinne Salvi (à droite), publiée en avril 2008 aux éditions La cabane sur le chien.

 
Lorsque j’interviens en milieu scolaire, on me pose souvent des questions sur les couvertures.
En primaire, les enfants me demandent « si c’est moi qui l’ai dessinée » et au collège ou au lycée : « si c’est moi qui ai choisi… »
Bien obligée de répondre non, à chaque fois !
Ce n’est pas moi qui dessine les couvertures. Et je n’ai pas le choix non plus, la plupart du temps. La couverture, c’est le domaine de l’éditeur. C’est le moment où, si je fais un mauvais jeu de mot, il « tire la couverture à lui ».
Donc, c’est une sorte de loterie étrange, pour un auteur. On ne sait jamais ce qu’on va gagner ! Bonne surprise, coup de cœur ou grosse déception, on doit « apprendre » à cohabiter avec la couverture d’un roman.

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Port-Titi, dans le Haut Doubs. "Toute ressemblance avec l'illustration de Corinne Salvi n'est pas du tout fortuite..." ;-)


Pour « Rendez-vous sur le lac », j’ai été très privilégiée, mais il n’y a guère qu’avec cette maison d’édition que les choses se passent de cette façon… J’ai reçu un projet de couverture, j’ai eu mon mot à dire, qui a été écouté.
Et je remercie Corinne Salvi, illustratrice et éditrice,  pour ce travail fait « en confiance ».
J’aime vraiment beaucoup la nouvelle couverture de « Rendez-vous sur le lac ». 

Pour en revenir aux autres couvertures… Je vous ai fait un petit montage rapide avec un livre que j’ai traduit du catalan, de Lluís-Anton Baulenas « El fil de plata » (« Le fil d’argent », ou l’histoire d'amitié et d'amour entre trois adolescents que la guerre d’Espagne, en 1936, va peu à peu séparer. (C’est un très beau roman, à propos, que je conseille à tous, ados et adultes).
Au fond : la couverture originale. Devant, à gauche la couverture de l’édition Flammarion, puis de l’édition France Loisirs, puis de l’édition de poche…

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Quatre éditions, quatre couvertures très différentes !


En ce moment, quelque part en France, une femme travaille à la couverture de mon prochain texte
qui va sortir chez Actes Sud Junior. Je ne sais pas ce qu’elle va faire, les couleurs qu’elle va mettre en avant, et ce qu’elle va choisir de porter en image…
Je suis impatience et, en même temps, j’essaye de me persuader que ça n’a pas d’importance. Ce texte, je l’aime. Je l’aimerai même si la couverture ne me plaît pas… Hum, c’est beau, ce que je viens de dire… Mais je ne suis pas tout à fait sincère.
Concernant les couvertures de mes livres, j’ai parfois des rejets violents, brutaux.
Mes amis se souviennent encore de mon premier livre publié. Je suis arrivée le livre à la main et je l’ai jeté violemment sur un canapé en criant : « C’est de la merde » ! (on en rit, maintenant… mais je crains toujours que la scène se répète).

Cela dit, il faut faire la part des choses.
Une couverture, c’est aussi le signal que notre travail est terminé, que le livre ne nous appartient plus. Il nous échappe… Alors il se peut que la couverture cristallise aussi cet instant fragile. 

27.02.2008

La lecture accompagnée

[...] Je voudrais dire à l'auteure que j'ai choisi d'étudier son roman en classe, en grande partie pour cela: il aborde des questions fortes, graves et essentielles (la colonisation,la guerre, le viol, etc...) mais débouche sur l'affirmation qu'on reste libre, qu'on peut toujours choisir, lorsqu'on accepte d'affronter son passé et qu'on est aimé.

Mes élèves ont trouvé le livre un peu difficile à la première lecture à cause des nombreux retours en arrière, du va et vient entre les lieux mais lorsque nous allons plus loin ensemble ils découvrent d'autres significations, plus subtiles, et en sont heureux. Les adolescents apprécient qu'on ne les prenne pas pour des imbéciles et qu'on attende d'eux qu'ils construisent par eux-mêmes un sens à ce qu'ils lisent, au lieu de leur proposer des histoires gentillettes, emballées dans du papier rose. [...] Catherine Popoff

Je reprends, dans ce post, une partie de ce commentaire (que l'on peut lire en intégralité en cliquant ici), envoyé par un prof de classe de 3e dans un petit collège rural (je ne sais pas où).

Je suis vraiment heureuse de lire ce genre de commentaire. Il y a quelques mois, il y a eu une polémique, dans le journal "Le Monde", sur les auteurs jeunesse qui, selon l'article, parleraient trop de choses horribles, violentes, dures, etc.  (voir :ici)

Et c'est ce qui se ressort de plusieurs discussions que j'ai pu avoir avec des enseignants, tant en France qu'en Allemagne. Tous me le disent : un livre "difficile" aide parfois plus à grandir qu'un livre "facile à lire". Il faut donner aux ados les clefs pour le comprendre, et ensuite, on est bien étonnés de voir combien ils sont capables de discuter de ce qu'ils ont lu, en s'impliquant.

Alors j'en profite pour remercier tous les profs, si souvent décriés, qui font cet énorme travail de "passeur" de livres, passeurs d'idées, auprès de leurs élèves. Ce sont eux qui forment les lecteurs de demain.

 

15.02.2008

"Tu ne fais rien ?"

« Tu ne fais rien ? »
Ça, c'est une phrase que j'entends souvent !
L'immobilisme, ça intrigue. Et quelqu'un qui reste sans bouger, par définition, ne fait rien.

Seulement, moi, quand je reste sans bouger dans un coin, c'est souvent que je suis en plein travail, et c'est très compliqué à faire comprendre.
Mon compagnon a pris l'habitude de me demander : « tu es occupée ? » même quand il voit que... je ne fais rien. Parce qu'il sait, justement, que je suis peut-être en train de faire quelque chose d'invisible.
Et ce quelque chose, c'est la première pierre de mes romans, sans laquelle je n'écrirai jamais : la réflexion.

Parce que c'est de cette manière, finalement, que « j'écris » mes romans. Je passe beaucoup de temps à les imaginer mentalement. A élaborer des scénarios, à donner du corps aux personnages, à entendre des dialogues, à voir des paysages inventés... Tout ça « sans rien faire ». C'est-à-dire sans rien faire de mon corps.

Mais comme c'est souvent mal compris, et qu'il est, je l'accorde, assez difficile de faire la différence entre quelqu'un qui s'ennuie, quelqu'un qui dort les yeux ouverts, ou quelqu'un qui réfléchit, j'ai élaboré quelques stratégies pour ne pas être dérangée dans ces moments précieux de réflexion, qui précèdent toujours l'écriture.

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"Tu ne fais rien ? " (Chut, je suis en train d'écrire mon prochain roman !)
(Photo E.B.C)



La première est le tricot. Lorsque j'ai les mains occupées à tricoter, on pense que mon cerveau est lui aussi occupé à tricoter. Or, je dois l'avouer : quand je tricote quelque chose de simple, mon cerveau est totalement déconnecté de mes doigts. Je suis alors tranquille pour réfléchir sans être interrompue.

La deuxième, c'est la fausse « grasse matinée ». Sous la couette, je fais semblant de dormir, alors que j'ai déjà le cerveau en pleine ébullition.

La troisième, c'est la marche à pied.
Là, ce sont mes pieds qui sont déconnectés. Ils avancent et, pendant ce temps, je réfléchis tranquillement en écoutant les oiseaux.

La dernière, ce sont les voyages en train.
Je regarde à travers la vitre et on pourrait croire que je contemple le paysage. En fait, la plupart du temps, je ne regarde rien du tout, je suis à mille kilomètres de l'endroit que je suis en train de traverser : je suis dans mes romans.

Ce sont des moments que j'aime beaucoup.
Mais ce sont les moments les plus fragiles aussi lorsque je vis avec d'autres gens parce qu'il y a toujours quelqu'un pour venir me dire : « Tu ne fais rien  ? »