01.07.2011

"Armen", de Jean-Pierre Abraham

Suite de mes coup de coeur, en littérature adulte

« Il y a des mots qui se mettent à flamber dans la nuit. Au matin, souvent je les retrouve en cendres. Quels mots faut-il inventer, qui flambent à chaque fois qu'on les regarde ? » (in Armen).

Jean-Pierre Abraham, Armen, Bernard Lagny, Maurice Pommier

« Armen », de Jean-Pierre Abraham.
Le livre sorti en 1967 aux éditions du Seuil, réédité par « Le Tout sur le Tout » en 1988.
C'est un livre que j'ai cherché pendant un temps sans succès, et qui m'attendait finalement dans une librairie de La Rochelle (Les Saisons), comme un cadeau.
Ar Men, c'est le nom d'un phare, à la pointe ouest de la Bretagne. Un de ces phares en pleine mer, qu'on appelle des « enfers ». En breton, Ar Men signifie « la pierre ».
On peut se demander ce qu'allait y faire Jean-Pierre Abraham, ce jeune homme alors âgé d'une vingtaine d'année, fils de dentiste, ayant fait des études de lettres et de philo...
Armen, donc, ce n'est pas seulement le témoignage / journal de bord d'un simple gardien de phare. C'est un récit qui se dévide comme un long poème, où chaque mot à son importance. Les ombres, la mer, les tempêtes, l'écriture, la nuit, le temps qui passe, la peinture, aussi.

« L'aube approche. La brume ne s'est pas épaissie. Il fait froid. Le souvenir de tous les coups de vent des mois passés revient en sourdine. Ils n'ont rien ouvert. Je suis courbatu. Qui saura m'interroger, m'assiéger pour qu'enfin les seuls mots perlent? » (in "Armen")

Ce sont aussi les veilles de nuit dans un phare qui n'est pas électrifié, et la peur quand la mer se déchaîne.
« 23 h. Et si la mer enfin était la plus forte après cent ans ? Elle attaque avec une violence encore inconnue. Si dans un ultime bond elle balayait enfin ce phare, nous et nos casseroles ? Moi je veux bien et je n'aurai rien fait. Il faut être abruti pour n'avoir pas peur... » (in "Armen").

Entre réflexions et témoignage précieux d'un travail harassant et dangereux. C'est un texte hors du temps que j'ai trouvé envoûtant et, comme souvent quand un livre me touche particulièrement, j'ai du mal à trouver les mots pour en parler.
Alors disons juste que ce livre m'a transportée et bouleversée. Je l'ai lu au moment où j'écrivais « Il se peut qu'on s'évade », et il a nourri ma réflexion. Au point qu'il se retrouve en citation dans mon roman, comme une espèce d'hommage que j'espère pas trop maladroit.

Quand on lit comme ça un livre qui vous touche à ce point, on ne peut en rester là.
J'ai donc acheté d'autres livres de cet auteur, et me suis renseignée à son sujet.
Jean-Pierre Abraham est malheureusement décédé en 2003. Il a écrit plusieurs livres dans lesquels se retrouve cette écriture singulière, et cette attirance pour les situations limites pour l'homme. La solitude extrême, le silence, la lumière, la peinture encore, le vent... Et la mer, bien sûr.
Pour en savoir un peu plus sur cet écrivain hors du commun :
http://site-tanguy-dohollau.pagesperso-orange.fr/t_doholl...

On peut aussi le voir et l'entendre dans un film d'archive (Ne faite pas attention au ton grandiloquent (c'est un film tourné dans les années soixante!).


Ar-Men par YMA1965
(Si vous ne parvenez pas à visionner ce film depuis mon blog, vous pouvez le voir à cette adresse :
http://www.dailymotion.com/video/xek0bm_ar-men_creation#f...

Enfin, les amis de Jean-Pierre Abraham veillent à ce qu'on ne l'oublie pas et qu'on continue à lire son oeuvre. Et on dirait que cette année 2011 est une année propice !
Après Paris et Douarnenez au mois de juin, une exposition lui est consacrée sur l'île de Sein, en Bretagne :
http://site-tanguy-dohollau.pagesperso-orange.fr/t_doholl...
(profitez-en pour découvrir Tanguy Dohollau, et la très grande beauté de son travail).

Autour d'un bateau-feu

Des livres pour prendre la mer... Voilà un petit choix de lectures estivales

« Autour d'un bateau-feu Scarweather »

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Un bateau-feu, ou bateau-phare, c'est un drôle de bateau qui n'a ni voile ni moteur. Un bateau ancré, perpétuellement ancré, qui n'est là que pour éclairer le chemin des autres bateaux.
Jean-Pierre Abraham a vécu sur un de ces bateaux-phares, le Scarweather, désormais ancré définitivement à Douarnenez. François Dilasser, peintre, avait aussi travaillé sur le sujet du bateau-feu.

L'année dernière, un photographe et ami de Jean-Pierre Abraham, Bernard Lagny, a décidé de faire un livre-hommage, en réunissant une trentaine d'artistes, et presque autant d'écrivains, autour de ce bateau-feu, tout rouge.
Le résultat ? Un livre magnifique, à lire, à admirer.
Publié par Coop Breizh : http://www.coop-breizh.fr/lire-3/livres-3/nouveautes-livr...

J'ai vu dans ce livre des oeuvres très intéressantes, d'artistes que je ne connaissais pas. Cela m'a donné envie de les découvrir. Idem pour certains écrivains et poètes.

6759213-1.jpgBernard Lagny, photographe

Bernard Lagny, coordinateur de ce très bel ouvrage, est aussi photographe.
Ses photos me parlent et m'émeuvent. Peut-être parce que, comme Jean-Pierre Abraham, Bernard Lagny touche deux mondes qui sont peut-être moins éloignés l'un de l'autre qu'il n'y paraît à première vue ; le monde du travail manuel, le monde de la création artistique.
Gardien de phare et écrivain pour le premier, photographe qui vit et travaille dans un ancien chantier naval pour le second. C'est bien de brouiller les repères, dans cette société qui voudrait toujours mettre les intellos d'un côté, les manuels de l'autre, dans un clivage idiot.
Pour découvrir le travail de Bernard Lagny, voilà l'adresse de son site :
http://www.bernardlagny.com/home.html

J'ai eu le plaisir de rencontrer Bernard Lagny et de découvrir son travail au festival du livre de Doëlan, ainsi que Maurice Pommier.
Maurice Pommier qui passe son temps à découper des petites silhouettes au cutter dans du carton, comme un gamin rêveur qui gribouille toute la journée dans ses cahiers d'écoliers.
Tout en discutant et blaguant avec les gens, Maurice coupe et cisèle des merveilles. Il y en a quelques-unes dans le livre «Autour d'un bateau-feu ».

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Maurice Pommier et Bernard Lagny
ont l'air de bien se connaître et de s'apprécier. Tous les deux partagent, je crois, le même amour du bois. Pour découvrir le travail de Maurice Pommier, c'est par là :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Pommier
http://www.ateliersdelours.com/

(Avec un grand merci à Françoise Grimaud, du festival du livre de jeunesse de Doëlan, qui a rendu possible ces belles rencontres !)