27.04.2009

André Laude, un poète

chat.jpg"Ne me demande pas pourquoi j’écris
Ne me demande pas pourquoi tête la première
je plonge dans le tumulte volcanique des syllabes
que le passage de mon corps réveille
Ne me demande pas pourquoi au lieu de dormir
comme font les honnêtes gens
je cloue à minuit des papillons de couleurs et de sons
sur le ciel des solitudes
Ne me demande pas pourquoi je saigne auprès des lampes
Ne me demande pas pourquoi dans la rue
j’enlace le tronc d’un marronnier en pleurant les cheveux sur les yeux
pour ne pas être vu… [..]
Ne ne demande pas pourquoi ceci n’est pas vraiment un poème
mais un feu de mots soudés par la salive le souffle
Ne me demande pas
Écoute. Regarde. Ouvre les milles pupilles sèches de ton sang
Tends l’oreille dans la direction de la rue de la terre sueurs et larmes"
[…]

André Laude, poète. Mort en 1995 à Paris.

Son œuvre poétique complète vient, enfin, de reparaître dans un gros volume aux éditions de la Différence.
J’ai découvert ses romans et sa poésie lorsque j’avais dix-huit ans. Et ce fut pour moi un véritable choc littéraire, une déflagration.
Encore aujourd’hui, lorsque je croise quelqu’un qui me dit « Ah, tu connais la poésie de Laude ? » mon cœur bat plus vite.
J’ai croisé plusieurs fois ce poète dans des cafés de Paris où il n’en finissait pas de raconter ses mille et une vies à des piliers de bar. Une fois, il avait, sortant de l’une de ses poches de pardessus, un livre d’un autre grand poète, Tristan Cabral

Pour en savoir plus sur André Laude :

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/laude.html


PS : le chat pensif est, quant à lui, bisontin... ;-)
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26.04.2009

Rencontres passées

Petit retour sur... les rencontres passées.

Je ne parle pas de toutes les rencontre que je fais. Il y en a trop, et même si je le voulais, cela me demanderait trop de temps.
Je sais aussi que les élèves tournent vite la page, même s'ils se sont beaucoup investis dans lesdites rencontres, et c'est très bien. Le temps passe, la roue tourne, il y a des rencontres dont je garde le souvenir, et dont je n'ai pas parlé. C'est comme ça.
Alors quand une prof m'envoie un mail pour se plaindre,
plus d'un an après une rencontre, de ne rien trouver la concernant sur mon blog, ça me ferait plutôt sourire.
Si cela venait d'un élève,
je le comprendrais, et je crois même que je ferais l'effort de réparer ce qu'il considère comme une injustice. Mais ça ne m'est jamais arrivé.
Et mon blog n'est pas une remise de bons points.
Il faut donc croire que certains profs souffrent d'un tel manque de reconnaissance qu'ils en sont restés là : aux bons points, avec le désir qu'on note de 1 à 10 la qualité de leur prestation.
Ce sont les mêmes qui se mettent au centre de la scène, éclipsant d'un seul coup leurs élèves mais se servant d'eux comme d'un bouclier (sous-entendu : vous n'avez pas parlé de moi, mes élèves sont déçus). Ces profs-là tiennent surtout à me montrer qu'ils sont de bons enseignants (ce dont je ne doute pas), et que leur classe est forcément la meilleure (bien sûr), et tout ça uniquement grâce à leur travail d'enseignement (là, euh...).

Ensuite, il y a tous ces enseignants qui apportent à leurs élèves une vraie générosité, qui s'investissent beaucoup, et qui sont déçus parce que leurs élèves s'en moquent un peu. Ce sont des rencontres qu'ils vivent mal... parce que leurs élèves, eux, ne les vivent pas du tout : ils posent leurs questions sans s'intéresser aux réponses, et partent dès que la cloche sonne sans même dire au revoir, laissant leur prof pour le moins dépité. Je comprends alors leur déception. C'est sans doute aussi un des caractères ingrats du métier de prof : ceux qui donnent beaucoup ne sont pas toujours payés en retour.

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Encore une rencontre dont je n'ai pas parlé... C'était dans une maison familiale rurale, à St Barthélemy d'Anjou. Une fin de rencontre, plutôt, avec Pascale Maret (et Jean-Marie Defossez, absent sur la photo). De beaux souvenirs aussi ! Nos livres étaient sélectionnés dans le cadre du prix des MFR. (bravo à Jean-Marie de l'avoir remporté !)

Et c'est vrai, je privilégie, comme le dit très justement Jean dans un de ses commentaires, « ces instants rares et magiques », où l'attention des uns est celle des autres. Où « il se passe quelque chose ». Un vrai moment de partage. Moments précieux, rares, qui font battre le coeur plus vite.
Ce sont ces moments-là que je raconte parfois (mais pas toujours) sur ce blog, parce que ces moments sont trop doux, trop bons pour être gardé pour soi. Ils appellent à leur tour à être partagé avec d'autres.

Se regarder le nombril ne donne pas une vision très large de l'existence. Le partage, en revanche, appelle plus au partage...
Merci donc encore, à tous ces enseignants, bibliothécaires, personnels divers et variés, qui font un travail remarquable avec et pour leurs élèves, et non pour eux-mêmes.

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Moment magique, au lycée Albert Camus de Béthoncourt. Photo Sébastien Praderes (merci de me les avoir envoyées !)

23.04.2009

Sant Jordi en Catalogne

Le 23 avril, en Catalogne, c'est la Sant Jordi. Fête des livres et de la rose. Traditionnellement, ce sont les femmes qui offrent des livres aux hommes, et les hommes des roses aux femmes, souvent accompagnées d'un petit épi de blé (pour les rappeler à leur fécondité ?).
Aujourd'hui, heureusement, les femmes offrent des roses aux hommes et aux femmes qu'elles aiment, et réciproquement.
Et les hommes ont compris depuis longtemps que les femmes savent lire et écrire, et ne se nourrissent pas que de choses... à l'eau de rose ;-)

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Dragon énergique empêchant St Georges de lire en paix :-)

Le 23 avril, donc, c'est la Sant Jordi. A Barcelone, c'est une fête immense, où tout le monde est dans la rue. On y achète, ce jour-là, plus de livres que dans le reste de l'année. Et donc tout le monde se balade avec ses livres et ses fleurs, et c'est sympa et beau comme tout.

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Le jour de la Sant Jordi, on peut aussi manger des gâteaux...
Voilà l'enseigne d'une de mes pâtisseries préférées, où le cadre est aussi beau que les gâteaux sont bons.
(Photo spéciale dédicace à Terje. ;-)

 

12.04.2009

Des bols en terre

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Ce sont des bols en terre vernissés, œuvres d’une jeune potière talentueuse, installée à Arles.
Je ne me lasse pas de les regarder, de les caresser du regard ou de mes doigts. Il portent la trace de la main et de l’outil qui les ont façonnés. Ils sont tous différents, j’aime leur forme, leur légèreté, leur finesse et la magie de leurs couleurs.
Curieusement, leur fragilité apparente me rassure. Et, surtout, ils ne cessent de m’émouvoir.

Peut-être bien que, dans ces poteries, la potière a laissé un peu d’elle-même, de son énergie, de ses rêves, de ses envies.
Et en voyant récemment un très beau documentaire sur l’art des potiers, j’ai compris que si j’aime la poterie et la terre vernissée, c’est que, finalement, c’est un peu comme lorsque je fais mon pain. On pétrit la pâte comme on pétrit l’argile. On le façonne et on le passe à l’épreuve du feu. Partant de presque rien on obtient des objets ou du pain, et les deux sont nourrissants à leur manière.

Si vous avez l’occasion, ne manquez pas de visiter l’atelier-boutique de Chloé Perrin, "L'atelier C", 6 rue Molière, à Arles (tout à côté de l'Espace Van Gogh).
Et sinon, vous pouvez toujours rêver en allant faire un petit tour sur son site :
http://www.ceramique-atelierc.com



10.04.2009

Des mots d'ailleurs

De retour du Pays de Montbéliard... deux jours d'interventions en collèges et lycées  (à Seloncourt, Montbéliard, Béthoncourt, Valentigney) et deux jours de salon (à Voujeaucourt). De multiples rencontres, de belles énergies, des sourires et des rires. Des questions, des interrogations, des doutes, des incompréhensions.
Etre adolescent aujourd'hui n'est pas si simple, entre société, famille, et manque de perspectives.
Je constate, avec une certaine tristesse, que ce que nous croyions acquis il y a vingt ans ne l'est pas toujours. Le droit des femmes à décider de leur vie, de leur corps et de leur sexualité semble à nouveau poser problème...
Il ne faut pas donc pas lâcher la barre et tenir bon...
Il y a également une passivité chez certains lecteurs qui m'étonne. Si l'adolescent n'est pas l'acteur de sa propre vie, quand le sera-t-il ? Une fin ouverte les perturbe : « Mais, m'dame, on ne sait pas ce qui va se passer après... ».
Oser imaginer, oser penser par soi-même... Voilà peut-être de nouveaux défis en ce début de XXIe siècle !

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Une vue du Salon "les livres complices", à Voujeaucourt (Merci encore à Muriel pour son accueil).



Je ne détaillerai pas toutes les interventions. Je remercie l'ensemble des enseignants qui se sont investis, et tous les élèves qui ont joué le jeu, et bien participé.

Je voulais juste parler d'une rencontre,
peut-être parce qu'elle a touché, chez moi, un point sensible, et m'a profondément émue.
C'était dans le Lycée professionnel Albert Camus de Bethoncourt.
Un petit groupe de terminale pro, dans un CDI bien aménagé. Après un rapide échange de questions/réponses, les jeunes m'expliquent qu'ils ont préparé quelque chose à mon intention. Ils sont allés sur mon blog, ont essayé de repérer ce qui me tenait à coeur, ce qui faisait sens dans ma vie.
Ils se sont dit que, si j'étais traductrice, c'est que la langue, les langues, devaient compter pour moi.
Or dans cette classe, plusieurs élèves étaient issus d'une autre culture, d'un autre pays.
Alors, avant mon arrivée, ils ont repris « Rien que ta peau », qu'ils avaient tous lu en français, et en ont traduit un morceau dans leur langue maternelle.
Et, devant moi, ils se sont levés pour me lire un extrait de « Rien que ta  peau » en portugais d'Angola, arabe dialectal, allemand, serbo-croate, et turc.
Et chacun a écouté la langue de l'autre dans un très beau silence attentif.
C'était terriblement émouvant. J'ai bien failli me mettre à pleurer ! Je crois que je ne pourrais jamais plus relire ce passage en français sans entendre, dans ma tête, ces voix venues d'ailleurs :
« a primeira ves... eu gostei muito desa esprésão : a primeira ves... A primeira ves que eu ti vi... estas a ver, meu coração estava  a baterse. Nos nuca sabemos, a primeira ves, que é a primeira ves... »
Pour nous remettre de toutes ces émotions, Sébastien Praderes, le documentaliste, à l'origine de ce si beau cadeau, avait préparé des jus de fruits et des gâteaux pour tous les élèves.
Je pensais alors que la rencontre était terminée ! Mais non, après avoir bu et mangé, discuté, plaisanté, les élèves sont revenus d'eux-mêmes se rasseoir pour continuer la rencontre.
Il y a, comme ça, dans nos vies d'auteurs, des moments magiques qu'on aimerait prolonger un peu.


Un grand merci à vous toutes et tous. Je n'ai pas récupéré le texte en turc et en arabe dialectal... Vous pouvez me les envoyer par mail. Je le mettrai sur mon blog, avec les autres textes.
Les photos prises pendant la rencontre seront sont aussi les bienvenues. (en voilà une, merci à Sébastien Praderes pour ses envois)

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Première lecture, dans un silence attentif...

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