28.12.2007

Du temps pour m'en remettre...

Il m’a fallu du temps pour me remettre de cette tournée marathon en Allemagne ! Trois rencontres et quatre villes en une journée, par exemple, c’est beaucoup… Alors, tout se mélange un peu. Mainz, Wiesbaden, Rüsselsheim, Montabaur… Koln, Trier, Kaiserslautern...

Il reste des impressions de paysages vues au travers des vitres d’un train, d’un autobus, d’une classe de lycée…
Des regards de filles et de garçons curieux, attentifs, et des questions aiguisées.
Il reste des mots échangés et des silences pleins.
Il reste la sensation, le soir, d’être passée au delà de la fatigue, avec l’impossibilité de trouver un sommeil réparateur, malgré le confort d’une chambre d’hôtel que l’on confond très vite avec une autre chambre d’hôtel… (mais je n’oublierai pas cet hôtel de Montabaur entièrement décoré aux couleurs d’un noël allemand, blanc, argenté et doré, avec des petits anges partout, une crèche immense (blanche et dorée, elle aussi) dans la salle à manger et des chants de noël en fond sonore ressemblant furieusement à ceux que l’on entend aussi en France.)
Il reste des petits moments de bonheur intense, des sourires échangés de connivence et de complicité, des mots qui viennent du cœur, des mots qui disent, simplement : « Votre livre m’a touchée » ou « j’aurais aimé vous écouter parler longtemps… ». Et cette immense frustration de devoir répondre : « Je suis désolée, j’ai un train dans vingt minutes, je dois partir tout de suite pour la gare… ».
Je me souviens des gâteaux mangés trop vite dans les salles des profs, à peine savourée en regardant la pendule : « Il faut y aller dans cinq minutes… »
Il reste un voyage en train, Koln-Trier (Cologne Trèves), où j’ai dormi comme une souche pendant une heure et me suis réveillée dans un paysage de rêve : sous un temps froid, un ciel immense et bleu clair, des vignes sur des collines et la Moselle qui coulait en bas, parfois presque gelée sous les assauts du froid (il faisait moins 6 degrés). Un paysage si doux que j’avais envie, d’un coup, de tout arrêter. De dire : je descends là, dans ce village, je prends le temps de respirer cet air froid, plein les poumons… Arrivée à Trier à 14 h 49 et à 15 heures, déjà, je commençais à parler, dans une salle superbe (les cuisines d’un ancien couvent), parquet et banc en bois, panneaux de céramique sur les murs, bouquet de fleurs sur la table…
Le mercredi matin, dernière intervention à Kaiserslautern, à 8 h 30… Mon train pour Paris repartait à 10 h 22… Une fois encore, ville traversée trop vite, gens de valeur rencontrés trop rapidement...
Et il m’a fallu du temps, donc, pour mettre un peu d’ordre dans cette avalanche d’émotions, de sensations… J’avais aussi un peu envie de travailler sur un nouveau texte et retrouver un peu la paix dont j'ai besoin pour écrire...

Donc, voilà l’explication de mon silence.

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Discussion avec une élève, à Trier. Elle me dit "Obrigado", merci, en portugais.
J'aime ce mélange de langue. Quel bonheur !


J’ai aussi reçu un mail d’Allemagne qui me dit, entre autre ceci :
« Avez-vous voulu écrire dans un style spécial ? Racontez s’il vous plaît quelque chose. Merci beaucoup !"
Lena, Jana, Friedrich

Alors, je vais bientôt répondre… (avant l’année prochaine, c'est sûr!). C’est une question intéressante.

16.12.2007

Je repars en Allemagne

Et hop... Je saute dans le train et m'en vais en Allemagne (le "et hop!" est en fait beaucoup moins énergique et léger que je ne l'aurais voulu : je sors d'une semaine d'une grippe carabinée, qui m'a laissée en carafe, sur le flan, raplapla, K.O. tout ce que vous voulez... Donc, je vais monter tranquillement dans le train serait l'expression la plus exacte...).

Cette fois, je ne vais pas d'un bout à l'autre du pays. Tout ce concentre autour de Frankfurt, Mayence, Montabaur, Kaiserslautern (j'ai mis, je l'avoue, un peu de temps avant de mémoriser cette dernière ville et de parvenir à l'écrire convenablement...) et quelques autres.
Des rencontres devant un public important (parfois plus d'une centaine d'élèves prévus), que j'attends autant que je les redoute...

Je vous raconterai ça ! Donc, pas d'inquiétude pour vos commentaires : ils ne sont pas oubliés. Je les validerai à mon retour.

J'emporte, dans mes bagages, trois livres... Des nouvelles du Danois Jørn Riel, parce qu'avec lui, j'ai l'assurance de bien m'amuser. Et deux autres livres: "ça t'apprendra à vivre" de Jeanne Benameur. Et "petite éloge de l'enfance" de Pierre Pelot.

Je vous en parlerai à mon retour.  En attendant, portez-vous bien et bonne semaine !

Une fin non écrite ?

"Nous souhaiterions savoir ce qui arrive à Antoine, au Brésil. Quelle fin non écrite mais pensée pouvez-vous nous donner ?"

Dernière question de la série… J’ai bien réfléchi… et j’ai décidé de ne pas y répondre.

Je vais vous expliquer pourquoi en quelques mots.

L’histoire d’Antoine au Brésil, après les dernières phrases du livre, ne m’appartient plus. Sa vie, une fois le livre refermé, appartient tout entière au lecteur ou à la lectrice qui tient le livre entre ses mains.
J’ai créé ce personnage, je l’ai fait « vivre » sur cent quarante pages. Ensuite…
Ensuite, c’est donc à vous de choisir, c’est à vous d’imaginer ce qu’Antoine va devenir.

Cette question me rend un peu mélancolique.
Il est parfois difficile, pour un auteur, de quitter les personnages qu’il a imaginé.
Alors… Antoine… s’il continue un peu à vivre en secret dans ma tête, je n’en dirai rien de plus.
Ou si, allez, juste ça : je le voudrais heureux.

15.12.2007

Avez-vous vécu ce que vous racontez ?

Avez-vous vécu ce que vous racontez ? Vos personnages ont-il réellement existés ?

Ce sont des questions auxquelles je suis toujours tentée de répondre simplement par : NON. Non, je n’ai pas vécu ce qui est raconté dans « Les murs bleus ». Non, aucun des personnages de ce roman n’existe ou n’a existé réellement.
Mais ça n’est si simple, en réalité.
Certaines descriptions du Brésil, par exemple, sont très liées à mon expérience et à ce que j’ai vécu, mais toujours modifiées. Lorsque Jerusa emmène Antoine dans les collines, je visualisais très bien l’endroit auquel je pensais en l’écrivant. Sauf qu’en réalité, il n’y avait pas de végétation à cet endroit-là, contrairement à ce que j’ai écrit.
Lorsqu’Antoine marche dans Paris, je voyais très bien la rue dans laquelle il marchait, sauf qu’en réalité cette rue porte un autre nom.
Lorsqu’il frappe chez son copain Louis qui vit dans une chambre sous les toits, je voyais aussi très bien cette chambre. Mais en réalité, elle avait l’eau courante et des toilettes. Et les couloirs appartenaient à une autre chambre de bonne, et le point d’eau dans le couloir à une autre maison…
Et ainsi de suite.
Ces éléments existent parfois réellement, quelque part. Mais je les ai ajustés les uns aux autres pour créer un espace qui n’existe, lui, que dans mon roman.

Pour la vie des femmes, je sais qu’on s’interroge parfois et qu’on n’ose jamais me poser la question, parce que c’est très intime. Alors je vais y répondre franchement : je n’ai jamais subi de violences sexuelles, et lorsque je parle de viol, je ne parle pas de moi, par chance. Mais la violence qui s’exerce envers les femmes me bouleverse, que ce soit en temps de paix comme en tant de guerre. Toutes les violences, y compris celles qu’on dit parfois « ordinaires » (à tort : il n’existe JAMAIS de violences ordinaires). Des femmes qui se font frapper par leur mari, ou des filles qui se font frapper par leurs frères ou leurs parents, par exemple.
Je parle de ce qui me touche, donc, parfois de manière très indirecte.
Pour le reste, des gens qui me connaissent s’amusent à retrouver, au détour d’une phrase, des lieux, des gens, des histoires. Parfois, il y a de petits clins d’œil pour eux, c’est vrai, mais qu’ils sont seuls à voir. Et ce ne sont jamais tout à fait les « vrais » lieux, les « vrais » gens, les « vraies » histoires…

Dans mon roman « L’ombre d’Adrien », qui parle d’un adolescent dont le copain s’est suicidé, on me demande souvent : « Est-ce que c’est votre histoire ? ».
Là encore, je dis non. Ce livre est un roman. Mais, pourtant, c’est vrai, j’ai vécu quelque chose d’assez proche, et pourtant totalement différent. J’avais dix-sept ans, en effet, lorsque ma meilleure amie est morte d’une overdose.
Dans « L’ombre d’Adrien », il n’est pas question de drogue, mais de suicide. En revanche, j’ai parlé de la drogue dans mon roman « Place au soleil » (où, là, il n’était pas question de suicide).

Donc voilà, finalement, on finit toujours par parler de soi, mais de manière détournée.
Une seule exception : dans mon roman « Le cimetière d’Arhus », il y a toute une série de scènes qui se déroulent dans un magasin de photo à Montpellier. Là, j’ai juste changé le nom de la ville, mais pour le reste, je n’ai rien inventé. Ce sont mes souvenirs de travail en magasin de photo où, parfois, la réalité dépassait, et de loin, la fiction… (au point que j’ai dû supprimer deux ou trois scènes qui semblaient tellement extravagantes qu’on avait l’impression que je les avais inventées de toutes pièces, alors qu’elles étaient tout ce qu’il y avait de plus vraies… !)

Donc, voilà, un roman, c’est ça : une part de réel qu’on mélange à une autre part de réel, et auquel on ajoute, un peu, beaucoup ou énormément d’imagination, le tout saupoudré de souvenirs, de choses vécues, de choses rêvées.


Pour les personnages, c’est la même chose.
Ils n’existent jamais vraiment, mais je les crée souvent à partir de plusieurs personnes existantes, mélangées à de l’imagination.
On « pourrait » croire qu’ils existent, et c’est le but… Mais ils sont des personnages de fiction, et c’est tout. Et s’ils paraissent « vrais », si on a l’impression qu’on pourrait les croiser dans la rue, c’est le signe que le roman a réussi à vous entraîner dans son sillage… Je sais, parfois, certains lecteurs et lectrices sont très déçus d’apprendre ça. Mais pour un auteur, il n’y a rien de plus beau !

Pourquoi le bleu ?

Pourquoi le bleu ? Pourquoi "Les murs bleus" ?

Regardez cette photo : c'est un montage que j'ai fait, rapidement, à partir d'images pris ici ou là dans mes archives ou sur internet... Des murs bleus... Que des murs bleus. 

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Des maisons aux murs bleus, il y en a partout, aux quatre coins du monde. Et j'aime beaucoup cette couleur. J'en ai vu au Brésil, mais aussi en Irlande, au Canada, en France, en Allemagne, en Suisse, etc. 

Il y a une chanson de Maxime le Forestier que j'écoutais quand j'étais adolescente "C'est une maison bleue adossée à la colline, on y vient à pieds, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clef..."
Elle m'a fait longtemps rêver, cette maison bleue de San Francisco !

Et puis j'ai vu aussi toutes ces photos de murs bleus en Afrique du Nord, ces bleus saturés, très forts, magnifiques. J'ai une véritable passion pour la couleur bleue... Un jour, sans doute, j'écrirai sur cette couleur.

Alors, pourquoi avoir choisi "les murs bleus", dans mon roman, sur lesquels il se joue tant d'épisodes dramatiques ?  Je ne sais plus exactement.
Mais parfois, lorsque je vais dans un lieu où je sais qu'il s'est passé des choses tragiques, et que ce lieu est malgré tout très beau, je m'interroge : comment peut-on commettre des horreurs dans des endroits qui respirent la beauté et la paix ?
C'est peut-être autour de cette interrogation que j'ai bâti "les murs bleus".

Et puis, une autre idée m'intéressait. Antoine, en croyant fuir son passé en changeant de pays, retrouve au Brésil d'autres "Murs bleus", qui ont vu aussi d'autres drames. Bien sûr, ils auraient pu être d'une autre couleur ! Mais la répétition m'intéressait.

14.12.2007

Comment vous est venue l'idée de cette histoire ?

Cette question, je crois que peu d’auteurs y échappent, et j’aimerais bien savoir comment répondent mes confrères et consœurs.
C’est une question complexe, parce qu’elle touche à la création même.
Ce qui est sûr, c’est que je ne me suis pas réveillée un matin en me disant : « Tiens, aujourd’hui, je vais écrire l’histoire d’un déserteur pendant la guerre d’Algérie, qui part au Brésil, et revient en France avec un petit garçon presque aveugle… »
Ce serait trop facile.

On peut parfois trouver des « facteurs déclenchant » des choses qui vont déclencher le processus d’écriture. Ce peut être une info entendue à la radio, une histoire qu’on nous a racontée, ou bien une photo, ou une musique même…

Mais pour « Les murs bleus », je ne me souviens pas vraiment de « facteurs déclenchant ». 
J’avais juste envie, depuis longtemps, de parler de la désobéissance civile et militaire, et d’insoumission. Il se trouve que j’ai rencontré des hommes qui s’étaient insoumis au service militaire, ou qui avaient déserté, ou qui avaient choisi l’objection de conscience (à une époque, pas si lointaine, où le service militaire était obligatoire).
Certains d’entre eux ont payé leur choix en faisant des mois de prison. J’ai beaucoup parlé avec eux de ce choix difficile à faire. Pourquoi certains le faisaient ? Pourquoi d’autres renonçaient ?
Lorsque j’ai eu dix-huit ans, je me suis moi-même posé la question : si j’étais un garçon, est-ce que j’irai faire mon service militaire ? Ma réponse était non, viscéralement non. Mais en réfléchissant, je me suis rendu compte que ça n’était pas simple… Une telle décision se paie parfois très cher.
Or ce sont des questions qui m’intéressent encore aujourd’hui, parce qu’elles posent la question de la liberté individuelle.

Lorsque j’ai commencé l’écriture des « Murs bleus », je ne parlais pas du tout de la guerre d’Algérie. Antoine était un déserteur dans un conflit sans nom, à une époque indéterminée. Puis je me suis rendu compte que cela n’avait pas de sens. La France avait traversé des conflits armés, et il y avait des exemples de désertions et d’insoumission pendant la guerre d’Algérie. J’ai trouvé alors plus intéressant d’ancrer l’histoire d’Antoine dans un contexte réel.

Ensuite, j’avais envie de parler du Brésil,
parce que j’y ai vécu quelques mois, et que c’était une expérience très riche, très dure aussi. J’avais à peine dix-huit ans lorsque je suis partie au Brésil, dans le Sertão, et je n’étais pas préparée à ce que j’allais voir et vivre (la misère, la pauvreté, la violence, les conditions de vie difficile, etc.).

Et d’autres questions m’intéressaient, comme celles des liens qui peuvent exister entre un adulte et un enfant
qui n’est pas le sien. Et comment la société « recevait » des gens qui, à un moment donné, avaient refusé de suivre un chemin bien tracé.

Voilà, donc, au départ, beaucoup de questions… Mes romans, peut-être, sont une façon pour moi de tenter d’y répondre, d’une manière ou d’une autre, et de partager ces ébauches de questions et de réponses avec des lecteurs et lectrices.

Et au milieu de toutes ces questions et de ces choix, il y a autre chose de plus mystérieux, et ça, je n’ai pas vraiment de mots pour en parler… Il naît parfois sous mes doigts des personnages que je n’ai pas imaginés. Ces personnages se mettent à avoir leur vie propre dans le roman, ils parlent et disent des choses que je n’avais pas pensé, pas prévu. Ils m’échappent… C’est la part de mystère, fascinante, toujours renouvelée. La part de la création pure qui, pour ma part, ne cesse de m’émerveiller. Des choses qui sont en moi et que je ne connais pas et qui arrivent, à travers mes mots, jusqu’à la lumière.

J’ai écrit « Les murs bleus » en 2001. Ce livre a bien failli ne jamais voir le jour.
À l’époque, j’ai cherché en vain un éditeur. Les éditeurs jeunesse m’écrivaient qu’ils aimaient mon livre mais le trouvaient trop dur, trop violent pour prendre place dans leurs collections, et me poussaient à aller chercher un éditeur « adulte ». Les éditeurs adultes, eux, me renvoyaient en jeunesse… Au bout de deux ans de recherches infructueuses (et de compliments accumulés !), j’ai remisé mon manuscrit dans un tiroir et je l’ai un peu oublié.
C’est en 2006 qu’un de mes amis écrivains, Sébastien Doubinsky, m’a reparlé de ce manuscrit qu’il avait lu et aimé. Il m’a poussé à chercher de nouveau un éditeur, et il a bien fait… Les éditions Syros ont accepté le manuscrit, qui a alors été retravaillé. Il a notamment été largement réduit (à l’origine, il était presque un tiers plus long).

Lors d’une rencontre en Allemagne, au mois de novembre dernier,
une lycéenne m’a demandé : « Est-ce que c’est parce que cinq ans se sont écoulés que votre livre a été accepté ? Parce qu’il est plus facile de parler aujourd’hui, en France, de la guerre d’Algérie qu’il y a cinq ans ? »

J'avoue que je n'avais pas pensé à ça, mais il se peut que cette élève ait raison. Et sa reflexion nourrit encore la mienne.
 

Brochettes de questions... et nouveauté du blog

 Je reçois à l'instant ce petit mail sympa : "Avec ma classe de seconde, nous participons cette année au prix des Incorruptibles. Ils ont lu votre livre, "Les murs bleus" et lorsqu'ils ont su qu'ils pouvaient vous poser des questions via votre adresse mail, ils ont rédigées celles-ci...

 Ensuite, viennent cinq ou six questions qui me semblent pertinentes et intéressantes, qui méritent sûrement qu'on s'y arrête un peu. Ce sont des questions qui, pour la plupart, reviennent souvent lors des rencontres. Je vais y répondre petit à petit. Elles demandent un peu de réflexion.

Comme je vais repartir en "tournée" en Allemagne après-demain dimanche, je n'aurai peut-être pas le temps de répondre à toutes. Je le ferai à mon retour. Donc, patience ! Et merci.

 
Une nouveauté sur ce blog, dans la colonne de gauche : une petite liste de liens qui conduisent vers d'autres blogs ou sites que j'aime bien, autour de la littérature jeunesse.

Et l'amorce d'une nouvellle section "coup de coeur", avec mes dernières lectures "coups de coeur"... (les photos des couvertures viendront plus tard ;-)

13.12.2007

Le risque de lire

Il y a une dizaine de jours, une journaliste du Monde écrit un article intitulé "Un âge vraiment pas tendre", avec en chapeau : "Mal être, suicide, maladie, viol... Pourquoi les livres destinés aux adolescents sont-ils si noirs ?"

Cet article met en cause notamment une collection, chez Actes Sud Junior "D'une seule voix". Une collection qui publie des choses fortes, dures parfois, toujours très bien écrites.
J'avais justement envie de vous parler, de temps en temps, de mes coups de coeur de lecture... Et le "Ramadan de la parole" de Jeanne Benameur en fait partie. Trois textes très courts, trois voix de filles qui se libèrent, s'insurgent et se rebellent. Magnifique !
Et voilà que cette collection est  montrée du doigt, parce que "c'est noir"...
Et la vie, alors ? Est-elle toujours rose ?

Ce serait tout de même prendre les adolescents pour des crétins que de leur faire croire ça. Je sais que Noël n'est pas loin, mais il y a belle lurette que nos lecteurs et lectrices  ne croient plus au père Noël !
Et puis, une fois encore, l'amalgame entre "noir", "désespéré", "désespérant"... Entre le réel et la fiction...

J'estime, contre vents et marée, qu'on peut écrire des romans "noirs" qui portent en eux l'espoir. Et je le dis bien fort ! Le pire serait de se taire.

Pour le reste, je vous conseille d'aller faire un tour sur le site de Blandine Longre. Son analyse est intéressante, vous y trouverez aussi des commentaires (dont le mien), l'article du Monde, et aussi le très beau "Droit de réponse"d'Actes Sud Junior.
http://blongre.hautetfort.com/archive/2007/12/11/litterat...

12.12.2007

"Il montre ses émotions..."

"Ce que j'aime dans "Les murs bleus", c'est qu'Antoine montre ses émotions..."

Lors des rencontres avec les élèves, ce commentaire revient souvent, tant dans la bouche des filles que des garçons. Au début, je n'y ai prêté très attention, mais il revient si souvent qu'il finit par me poser question.

Oui, dans "les murs bleus" Antoine, ce déserteur de 38 ans "montre ses émotions". Celle qui l'étreint quand il assiste, impuissant, aux viols de femmes algériennes... Mais aussi celle qui l'étreint lorsqu'il se rend compte qu'il aime ce petit gamin brésilien comme s'il était son propre enfant.

Antoine est une sorte de "plaque sensible", réceptif (peut-être plus qu'un autre?) à tout ce qui se passe autour de lui, en bien comme en mal. Ce type d'homme existe, même si ça n'est pas "la norme".

La littérature, comme la vie, nous abreuve de modèles masculins machistes, durs, violents. Une image de l'homme toujours sûr de lui, de son bon droit, et peu ouvert à l'émotion.

Cette image, je m'en méfie. Comme je me méfie de l'image des femmes "soumises, silencieuses et victimes", évidemment réductrice! 

Les hommes sont-ils si piégés par le rôle que la société leur impose pour qu'on souligne à ce point que, dans les Murs bleus "Antoine montre ses émotions" ? N'y aurait-il que les femmes et les enfants qui auraient le droit de le faire ?

Et si les hommes avaient, eux-aussi, à se libérer de leur image ? 

 

09.12.2007

Ce qui nourrit mon écriture...

"Moi si j'avais faim et me trouvais démuni dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi pain et un livre. Et depuis ce lieu où nous sommes, j'attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles : ce sont celles-ci que les peuples réclament à grands cris. Que tous les hommes mangent est une bonne chose, mais il faut que tous les hommes accèdent au savoir, qu'ils profitent de tous les fruits de l'esprit humain car le contraire reviendrait à les transformer en machines au service de l'état, à les transformer en esclaves d'une terrible organisation de la société."
Federico Garcia Lorca, septembre 1931, extrait d'une "Allocution à la population de Fuente Vaqueros".

 

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Ce texte a été repris sur le blog de Blandine Longre. Je viens de le découvrir.

Vous vous souvenez de Fuente Vaqueros ?
"Lorsque l’idée de revenir clandestinement en France l’effleurait encore, il s’imaginait traverser l’Espagne et faire une halte à Grenade, puis prendre l’autocar qui mène à Fuente Vaqueros, là où le poète avait vu le jour. Antoine songe que Lorca est mort à l’âge qu’il a aujourd’hui : trente-huit ans. Une mort dictée par un pouvoir qu’il n’avait cessé de remettre en cause...  »
(in "Les Murs bleus", page 76)

La poésie fait partie de mes lectures, et le poète Lorca est sans doute le poète qui m'accompagne le plus. Je crois qu'il apparaît dans tous mes livres, d'une manière ou d'une autre...

Allez faire un tour sur le blog de Blandine Longre. C'est une mine d'or ! Et c'est l'exemple même de cette nourriture dont parle Lorca. Celle qui nourrit à l'intérieur.

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