11.11.2009

"Je suis embarquée"

"Au début, tu crois toujours que c'est un diamant brut qui se cache sous le fatras des mots, et tu veux le dégager de sa gangue au plus vite. Tu grattes, tu frottes, tu creuses, et quand tu as terminé, il ne te reste plus rien dans les mains. Tu t'aperçois alors qu'il y avait là que de la boue séchée."

Commencer à écrire un nouveau roman s'accompagne d'un espoir aussi démesuré que la peur de ne pas y arriver. Ces quelques lignes pour témoins... Mais chut : « Je suis embarquée. »*

mursbesac.jpg

*(allusion à la dernière réplique du film « Les ailes du désir » de Wim Wenders, en français dans le texte : "Nous sommes embarqués."
Je me suis souvent demandée si cette construction n'était pas fautive jusqu'à ce que je consulte le dictionnaire Grand Robert : "être embarqué : «être engagé sans retour ».")

La photo a été prise à Besançon, en avril 09.


05.09.2009

Un nouveau roman

Si je suis restée silencieuse, cet été, c'est aussi que je travaillais à un nouveau roman. Un petit texte, plutôt, de la même taille que "Rien que ta peau". J'aime bien ces formats courts qui me vont bien. Je ne suis pas quelqu'un qui aime écrire des gros romans ! Je préfère écrire des textes courts, mais pertinents (enfin,  j'essaie!). Et il s'agit, comme dans "Rien que ta peau", d'un monologue.

Lorsqu'un éditeur accepte un texte, c'est toujours un moment magique. On n'y croit pas, on est heureux...
Cette fois encore, tout a été très vite. Jeanne Benameur, directrice de collection chez Actes Sud junior, n'a pas tardé à me donner sa réponse. Le reste de l'équipe d'Actes Sud lui a emboîté le pas. J'aime vraiment travailler avec eux !

Alors c'est OUI, un grand OUI, d'après les mails que les uns et les autres m'ont envoyée. Et quand un éditeur vous dit tout le bien qu'il pense de votre petit dernier, il arrive qu'on ait le coeur qui chavire un peu.

Du texte en lui-même, je vous en parlerai plus tard. Pour le moment, j'ai juste envie de dire qu'il n'a pas été facile à écrire, pour de multiples raisons. Il parle de la violence parent/enfant. Il parle aussi d'amour...
Je l'ai intitulé "Cinquante minutes avec toi".
J'aime bien ce titre... Et j'espère ne pas avoir à le changer !

Donc, voilà. Le livre sortira en 2010, mais je ne sais pas encore exactement quand... Je vous tiendrai au courant.

 

13.05.2009

une vie pour écrire

Je reçois ce matin ce commentaire, qui vient d'arriver sur un vieux post que j'avais intitulé "vivre du métier d'écrivain".

"Bonjour je suis au collège en troisième et je ne ne vis que pour écrire. Je n'aime rien d'autre et je voudrai savoir si c'est possible (même difficilement) de vivre grâce à l'écriture. J'ai commencé à écrire vers 8 ans, et je continue aujourd'hui encore alors que j'en ai 15. Je pense que j'ai un talent, on me le dit aussi. Je voudrai dédier ma vie à la plume."

Ce genre de commentaire ou de mail me touche particulièrement.
J'ai aussi commencé à écrire très jeune,
et j'ai aussi rêvé "d'être écrivain". J'ai passé beaucoup de temps à écrire, lorsque j'étais adolescente. (J'ai paradoxalement l'impression que j'écris moins aujourd'hui !)
Je voulais simplement te dire, cher(e) Guittard (fille ou garçon ?), ce que je dis souvent lors des rencontres avec des ados :

Il est très difficile de "vivre de sa plume". C'est-à-dire ne vivre que de ce rapportent les romans qu'on a écrit. En tous cas les, au minimum, dix premières années (si tout va bien !).

Il faut être réaliste... (malheureusement). Pour un roman jeunesse, par exemple, qui va se vendre à 8 euros, je touche entre 0,40 et 0,60 centimes par exemplaires vendus. Si un livre se vend à 3000  exemplaires (ce qui est déjà pas mal), cela me rapporte en moyenne 1500 euros. Tout ça pour un livre que j'ai mis quatre ou cinq mois (voir plus) à écrire...
Tout le monde n'écrit pas des best-sellers !
Et il faut aussi savoir que dans l'édition "adulte", c'est encore plus difficile. Certains romans ne se vendent qu'à quelques centaines d'exemplaires.

Si j'ai conseil à te donner, c'est d'essayer de trouver un métier en relation avec l'écriture qui, lui, te permettra de vivre.
Moi, j'ai choisi la traduction, par exemple, qui est aussi une forme d'écriture, passionnante et enrichissante. Mais il y a d'autres métiers où l'écriture est importante. Certaines formes de journalisme, par exemple.
Certains choisissent carrément les métiers de professeur de lettres. C'est aussi une solution. Après, petit à petit, si tu arrives à être publié(e), tu peux lâcher ces boulots qui te font vivre financièrement pour te consacrer entièrement à ta passion

Mais que tout cela ne te dissuade surtout pas "d'entrer en écriture". Au contraire : continue à écrire, à fond, tout le temps. C'est la meilleure façon d'apprendre et de s'améliorer. Et envoie tes manuscrits à des éditeurs (commence plutôt par de petits éditeurs qui prendront soin de toi!).
J'ai commencé à écrire lorsque j'avais 7 ou 8 ans, mais j'avais presque 37 ans lorsque j'ai publié mon premier roman...
Entre temps, j'ai fait du journalisme, de la traduction, et mille et une autres choses.
Donc, surtout, ne te décourage pas, et sois patient(e). Bon courage, donc, et bonne chance!

19.04.2008

Le choix d'un titre

Après les couvertures, je vais parler des titres...
Si le choix de la couverture revient à l’éditeur, le choix du titre est plus délicat. Il se situe à la frontière entre travail de l’auteur, et celui de l’éditeur. Il n'est ni tout à fait à l'un, ni tout à fait à l'autre.

En cours d’écriture, un titre reflète souvent le travail de l’écrivain. J’ai raconté sur ce blog comment le titre des « Murs bleus » avait évolué à mesure que l’écriture du roman avançait.
Parfois, un titre s’impose dès le départ… et ne correspond plus à l’arrivée.
Parfois, le titre choisi ne plaît pas à l’éditeur, pour de multiples raisons.
Alors il faut en trouver un autre… et ça n’est pas facile.
Un titre, ça doit résumer le livre, mais pas trop. Ça doit donner envie de lire… Ça doit être plein de sens, de couleur, de saveur, de sous-entendu, ça doit tout porter et être joli à entendre (ou dissonant si le roman l’exige)… C’est compliqué !

 

1898514092.jpg
L’année dernière, j’ai animé des ateliers d’écriture autour des titres,
à la médiathèque de Noisy-le-Sec.
Yann Autret avait illustré le tout.
 
Pour mes romans ados/adultes, j’ai toujours gardé le titre que j’avais proposé au départ. Sans aucun problème.
Mais voilà… pour le monologue qui va sortir chez Actes Sud Junior, situation inédite : c’est moi qui n’aimais pas le titre que je lui avais donné. Et je ne parvenais pas à trouver mieux.
Enfin, j’ai décidé : le livre porterait le prénom de l’héroïne du roman.
« Oui, mais, a objecté l’éditeur, c’est un beau titre une fois qu’on a lu le livre. Avant, il ne dira pas grand-chose aux lecteurs».
J’ai acquiescé. C’est un argument imparable.
L’éditeur m’a proposé un autre titre. Il fallait faire vite. Je l’ai accepté. Avant de me rendre compte qu’il n’était pas joli, question sonorité. Et, plus grave, il ne « résonnait » pas en moi, et se prêtait à des jeux de mots idiots.

Le temps pressait. Le temps presse toujours, dans l’édition.
Les horloges sont frénétiques…
Et moi, je suis plutôt lente.
Et c’est là où l’on mesure l’importance de travailler avec des gens qui vous respectent, qui sont à l’écoute et qui, même dans l’urgence, prennent le temps. J’en ai parlé à Jeanne Benameur, directrice de collection. Nous avons réfléchi ensemble. Vite, très vite.

Le titre adopté finalement prend en compte la proposition de l’éditeur, et la mienne.
C’est ce qu’on appelle une collaboration réussie.
Mon prochain texte pour ado aura pour titre : « Rien que ta peau ».

18.04.2008

Les couvertures

Blandine me demande comment était la première couverture de "Rendez-vous sur le lac"...
Je vais en profiter pour parler des couvertures de mes livres !
Voici les couvertures de ce roman jeunesse.

1875100726.jpg
Première couverture (à gauche), publiée en 2003 par J'ai Lu Jeunesse, nouvelle couverture de Corinne Salvi (à droite), publiée en avril 2008 aux éditions La cabane sur le chien.

 
Lorsque j’interviens en milieu scolaire, on me pose souvent des questions sur les couvertures.
En primaire, les enfants me demandent « si c’est moi qui l’ai dessinée » et au collège ou au lycée : « si c’est moi qui ai choisi… »
Bien obligée de répondre non, à chaque fois !
Ce n’est pas moi qui dessine les couvertures. Et je n’ai pas le choix non plus, la plupart du temps. La couverture, c’est le domaine de l’éditeur. C’est le moment où, si je fais un mauvais jeu de mot, il « tire la couverture à lui ».
Donc, c’est une sorte de loterie étrange, pour un auteur. On ne sait jamais ce qu’on va gagner ! Bonne surprise, coup de cœur ou grosse déception, on doit « apprendre » à cohabiter avec la couverture d’un roman.

1362950104.jpg
Port-Titi, dans le Haut Doubs. "Toute ressemblance avec l'illustration de Corinne Salvi n'est pas du tout fortuite..." ;-)


Pour « Rendez-vous sur le lac », j’ai été très privilégiée, mais il n’y a guère qu’avec cette maison d’édition que les choses se passent de cette façon… J’ai reçu un projet de couverture, j’ai eu mon mot à dire, qui a été écouté.
Et je remercie Corinne Salvi, illustratrice et éditrice,  pour ce travail fait « en confiance ».
J’aime vraiment beaucoup la nouvelle couverture de « Rendez-vous sur le lac ». 

Pour en revenir aux autres couvertures… Je vous ai fait un petit montage rapide avec un livre que j’ai traduit du catalan, de Lluís-Anton Baulenas « El fil de plata » (« Le fil d’argent », ou l’histoire d'amitié et d'amour entre trois adolescents que la guerre d’Espagne, en 1936, va peu à peu séparer. (C’est un très beau roman, à propos, que je conseille à tous, ados et adultes).
Au fond : la couverture originale. Devant, à gauche la couverture de l’édition Flammarion, puis de l’édition France Loisirs, puis de l’édition de poche…

1137542429.2.jpg
Quatre éditions, quatre couvertures très différentes !


En ce moment, quelque part en France, une femme travaille à la couverture de mon prochain texte
qui va sortir chez Actes Sud Junior. Je ne sais pas ce qu’elle va faire, les couleurs qu’elle va mettre en avant, et ce qu’elle va choisir de porter en image…
Je suis impatience et, en même temps, j’essaye de me persuader que ça n’a pas d’importance. Ce texte, je l’aime. Je l’aimerai même si la couverture ne me plaît pas… Hum, c’est beau, ce que je viens de dire… Mais je ne suis pas tout à fait sincère.
Concernant les couvertures de mes livres, j’ai parfois des rejets violents, brutaux.
Mes amis se souviennent encore de mon premier livre publié. Je suis arrivée le livre à la main et je l’ai jeté violemment sur un canapé en criant : « C’est de la merde » ! (on en rit, maintenant… mais je crains toujours que la scène se répète).

Cela dit, il faut faire la part des choses.
Une couverture, c’est aussi le signal que notre travail est terminé, que le livre ne nous appartient plus. Il nous échappe… Alors il se peut que la couverture cristallise aussi cet instant fragile. 

27.02.2008

La lecture accompagnée

[...] Je voudrais dire à l'auteure que j'ai choisi d'étudier son roman en classe, en grande partie pour cela: il aborde des questions fortes, graves et essentielles (la colonisation,la guerre, le viol, etc...) mais débouche sur l'affirmation qu'on reste libre, qu'on peut toujours choisir, lorsqu'on accepte d'affronter son passé et qu'on est aimé.

Mes élèves ont trouvé le livre un peu difficile à la première lecture à cause des nombreux retours en arrière, du va et vient entre les lieux mais lorsque nous allons plus loin ensemble ils découvrent d'autres significations, plus subtiles, et en sont heureux. Les adolescents apprécient qu'on ne les prenne pas pour des imbéciles et qu'on attende d'eux qu'ils construisent par eux-mêmes un sens à ce qu'ils lisent, au lieu de leur proposer des histoires gentillettes, emballées dans du papier rose. [...] Catherine Popoff

Je reprends, dans ce post, une partie de ce commentaire (que l'on peut lire en intégralité en cliquant ici), envoyé par un prof de classe de 3e dans un petit collège rural (je ne sais pas où).

Je suis vraiment heureuse de lire ce genre de commentaire. Il y a quelques mois, il y a eu une polémique, dans le journal "Le Monde", sur les auteurs jeunesse qui, selon l'article, parleraient trop de choses horribles, violentes, dures, etc.  (voir :ici)

Et c'est ce qui se ressort de plusieurs discussions que j'ai pu avoir avec des enseignants, tant en France qu'en Allemagne. Tous me le disent : un livre "difficile" aide parfois plus à grandir qu'un livre "facile à lire". Il faut donner aux ados les clefs pour le comprendre, et ensuite, on est bien étonnés de voir combien ils sont capables de discuter de ce qu'ils ont lu, en s'impliquant.

Alors j'en profite pour remercier tous les profs, si souvent décriés, qui font cet énorme travail de "passeur" de livres, passeurs d'idées, auprès de leurs élèves. Ce sont eux qui forment les lecteurs de demain.

 

15.02.2008

"Tu ne fais rien ?"

« Tu ne fais rien ? »
Ça, c'est une phrase que j'entends souvent !
L'immobilisme, ça intrigue. Et quelqu'un qui reste sans bouger, par définition, ne fait rien.

Seulement, moi, quand je reste sans bouger dans un coin, c'est souvent que je suis en plein travail, et c'est très compliqué à faire comprendre.
Mon compagnon a pris l'habitude de me demander : « tu es occupée ? » même quand il voit que... je ne fais rien. Parce qu'il sait, justement, que je suis peut-être en train de faire quelque chose d'invisible.
Et ce quelque chose, c'est la première pierre de mes romans, sans laquelle je n'écrirai jamais : la réflexion.

Parce que c'est de cette manière, finalement, que « j'écris » mes romans. Je passe beaucoup de temps à les imaginer mentalement. A élaborer des scénarios, à donner du corps aux personnages, à entendre des dialogues, à voir des paysages inventés... Tout ça « sans rien faire ». C'est-à-dire sans rien faire de mon corps.

Mais comme c'est souvent mal compris, et qu'il est, je l'accorde, assez difficile de faire la différence entre quelqu'un qui s'ennuie, quelqu'un qui dort les yeux ouverts, ou quelqu'un qui réfléchit, j'ai élaboré quelques stratégies pour ne pas être dérangée dans ces moments précieux de réflexion, qui précèdent toujours l'écriture.

a5e7caaf5521693b52e8328aecdae61a.jpg
"Tu ne fais rien ? " (Chut, je suis en train d'écrire mon prochain roman !)
(Photo E.B.C)



La première est le tricot. Lorsque j'ai les mains occupées à tricoter, on pense que mon cerveau est lui aussi occupé à tricoter. Or, je dois l'avouer : quand je tricote quelque chose de simple, mon cerveau est totalement déconnecté de mes doigts. Je suis alors tranquille pour réfléchir sans être interrompue.

La deuxième, c'est la fausse « grasse matinée ». Sous la couette, je fais semblant de dormir, alors que j'ai déjà le cerveau en pleine ébullition.

La troisième, c'est la marche à pied.
Là, ce sont mes pieds qui sont déconnectés. Ils avancent et, pendant ce temps, je réfléchis tranquillement en écoutant les oiseaux.

La dernière, ce sont les voyages en train.
Je regarde à travers la vitre et on pourrait croire que je contemple le paysage. En fait, la plupart du temps, je ne regarde rien du tout, je suis à mille kilomètres de l'endroit que je suis en train de traverser : je suis dans mes romans.

Ce sont des moments que j'aime beaucoup.
Mais ce sont les moments les plus fragiles aussi lorsque je vis avec d'autres gens parce qu'il y a toujours quelqu'un pour venir me dire : « Tu ne fais rien  ? »